Extérieur jour, intérieur nuit

J’avais dit jamais d’actualités sur mon blog. Ce n’est pas approprié, ce n’est pas moi.
Et puis, et puis… Il est 2h30 et je ne dors toujours pas. Trop de mots, trop d’images.

Je pensais inconsciemment que ça n’arrivait qu’aux autres.
Et puis, et puis… Le nom d’un bar familier. Le père de mon mari habite juste à côté, avec sa compagne. Vendredi soir, ils ont déposé leur fils de 20 ans à un concert de rock. En rentrant, ils se sont demandé s’ils iraient boire un verre. Mais ils étaient fatigués. Une demie-heure après…
Une demie-heure, de la fatigue, une autre salle de concert. Ça n’a pas tenu à grand chose finalement pour qu’on appelle et que ça sonne dans le vide.

Je pestais quand les gens prenaient des airs dramatiques quand la France est concernée, mais n’avaient pas un mot pour ces étudiants massacrés dans un amphi, loin là-bas.
Et puis, et puis… Je me suis retrouvée scotchée à la télé, incapable de l’éteindre jusqu’à cette phrase entendue à l’issue d’un assaut. Mon ventre s’est tordu et les larmes ont coulé, inattendues et glacées.

Je ne voulais plus regarder les infos.
Et puis, et puis… Ce soir j’ai regardé défiler des visages qui avaient envahi twitter, une boule dans la gorge. Des mauvaises nouvelles.

Je ne me suis pas vraiment projetée.
Et puis, et puis… Cette phrase : « Il avait un enfant de trois ans et un second prévu pour mars » m’a achevée. Je me suis revue il y a quelques mois, enceinte, avec la petite. J’ai regardé mon mari et j’ai craqué. A travers les larmes, j’ai entr’aperçu une pensée pour cette femme qui allait devoir accoucher sans lui, je l’ai tenue éloignée tant elle m’a semblée intenable.

Je me méfie des réactions à chaud, quand on est entièrement dans l’affect. C’est comme ça que les gens retweetent des messages de haine pour les condamner, sans se rendre compte de la fabuleuse visibilité qu’ils leur offrent.
Et puis, et puis… Me voilà dans mon lit, les yeux qui brûlent, en train de jeter ces quelques mots qui demandaient à sortir avec trop d’insistance.

Faire des enfants a toujours été une évidence pour moi.
Et puis, et puis… Cette nuit-là, quand j’ai réussi à m’arracher aux écrans, je me suis penchée sur eux, et j’ai eu envie de leur demander pardon. Parce que je ne suis pas sûre que c’est un cadeau que nous leur avons fait. Pour la première fois, j’ai eu peur de leur avenir.

L’homme est à vomir parfois.
Pas seulement ceux qui tuent. Ceux qui en profitent pour dégueuler leur haine ne valent pas mieux. Je connais des merdeux qui ont brandi l’étendard des croisades et parlé de guerre sainte. Qu’ils aillent plutôt serrer la main des terroristes. Ils sont faits du même bois pourri.
La récupération politique, les graphistes qui se sont rués pour présenter un logo dès le vendredi soir, espérant sans doute qu’il serait aussi largement repris que celui de Charlie. Les médias, lamentables comme toujours. Les amalgames, les images choc, la connerie.

Je n’aime pas mes semblables, globalement. Je trouve l’homme imbuvable, égoïste, bête et méchant.
Et puis, et puis… Des gens en ont sauvé d’autres. Ces parisiens qui ne m’avaient montré que leurs mauvais côté, touristes insupportables, ont ouvert leur porte aux blessés. Les monsieur et madame tout-le-monde m’ont relativement bluffée. Très honnêtement, j’aurais sans doute plus pensé à voir mes enfants grandir qu’à revenir sur mes pas pour ramasser un blessé. C’est moche, mais c’est sans doute ainsi. C’est tellement facile de dire « j’aurais fait pareil », mais l’auriez-vous fait?
Si on m’avait dit qu’un jour les Ultras de Marseille afficheraient un « je suis Paris » je n’y aurais jamais cru non plus.
Oui, j’ai vu une lueur dans le noir le plus complet.

Je suis triste. Je suis sonnée.
Beaucoup sont en deuil.
Tous, nous avons peur.
Nous sortirons de la noirceur, on en sort toujours, au moins un peu.
Et nous garderons cette lumière, éclatante dans l’obscurité.

bougie

[Nouvelle] Lapidis Memoria

« Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens Te demander la paix, la sagesse et la force. »

Le père Hugues aimait commencer ses journées avec la prière du très saint fondateur de l’ordre. Il faisait encore nuit, mais le soleil ne tarderait pas à poindre et il serait temps de célébrer l’office de Prime. Ce matin d’août était frais, il en profiterait pour s’occuper des carrés de simples de son jardin. En attendant, il se dirigea vers l’Ave Maria.

Marie, Mère de grâce, source de la merci…

La vie d’un moine chartreux était une vie de solitude et de contemplation. Une vie isolée dans cette vaste cellule et son jardin, dont il ne sortait que pour quelques offices célébrés en commun et une courte promenade dominicale. Une vie de silence, toute entière consacrée à Dieu. Une prière continuelle dont rien ne devait le détourner.

Pourtant, ce matin-là, la prière du père Hugues n’avait pas la pureté habituelle. Il était vaguement distrait, et ses mots s’envolaient vers le ciel avec moins de ferveur qu’à l’accoutumée. Sans qu’il sut pourquoi, et avec contrition, il se résolut à interrompre son oraison.

Il était agenouillé près de l’entrée de sa cellule, le vestibule étant le lieu consacré à la Vierge. Derrière la lourde porte, la galerie du grand cloître, dans laquelle s’alignaient les cellules des pères. Près d’elle, une trappe permettait aux frères de lui déposer la nourriture de la journée sans être vus. Cette porte l’enfermait autant qu’elle l’élevait. Il devait être seul pour converser avec Dieu.

C’était de cette porte que venait le trouble jeté en son esprit. Sa prière interrompue, il l’identifia : une odeur inquiétante filtrait depuis l’extérieur. Une odeur étrange, inhabituelle en ce lieu. Une odeur de fumée. Son sang se glaça.

Seigneur, protégez nous !

Le feu était l’ennemi des moines. Et pas seulement parce que la bibliothèque recelait des manuscrits précieux : deux siècles plus tôt, la Chartreuse de Valbonne avait été détruite par les flammes. La reconstruction avait été longue, l’église n’avait été achevée qu’une dizaine d’années plus tôt. Symbole de son renouveau, le grand cloître était l’un des plus vastes jamais construits jusqu’alors, et offrait une perspective au goût d’éternité.

Que faire ? Si un incendie s’était déclaré, il fallait agir vite. Mais il était confiné jusqu’à la messe conventuelle, qui n’aurait pas lieu avant une heure. Le père ne pouvait qu’espérer que les frères, qui n’étaient pas contraints de garder la cellule, s’en étaient aperçus. Cependant le silence lui disait qu’il n’en était rien. Comment les prévenir ? Toujours agenouillé, il adressa une prière au Très-Haut.

Las ! L’odeur se faisait plus forte, et toujours aucun bruit ne laissait entendre que la communauté avait été alertée. Le père Hugues, au désespoir, tenta d’ouvrir la porte, qu’il savait pourtant scellée. A sa grande surprise, elle céda sans effort. Quelqu’un l’avait déverrouillée.

Lentement, conscient d’enfreindre les règles, il sortit et se retrouva dans la galerie du cloître. L’odeur se fit plus précise. C’était une odeur de bougie que l’on a soufflée. Mais on devait en avoir soufflé quantité pour que la galerie en soit embaumée ! Il fit un pas en avant, résolu à aller quérir le prieur, et s’immobilisa aussitôt. Dans la pénombre, il avait distingué une forme blanche. Il crut d’abord qu’il s’agissait de l’un de ses frères, vêtu de la robe des chartreux. Mais, à mesure que ses yeux s’habituaient aux ténèbres, il comprit qu’il n’en était rien, et ses craintes redoublèrent. Ce qu’il voyait était la chose la plus improbable qui soit dans la clôture du monastère. C’était à n’en pas douter une robe de femme.

Il voulut crier, l’interpeller, donner l’alerte. Il n’en fit rien. Il resta là, à regarder cette robe immaculée s’avancer en ce lieu qu’il croyait inviolable, sacrilège sans précédent. Soudain, la robe s’immobilisa, et il sentit que le regard de cette femme se posait sur lui. Quelque chose d’étrange était en train de se produire. Un sentiment de bienveillance l’envahit. Dans le silence de son cœur, sans vraiment savoir pourquoi, il la bénit.

Une dernière vague de cette odeur de fumée lui parvint, la forme blanche s’éloigna sans bruit et se fondit dans l’obscurité. C’est alors qu’il se souvint. Lentement, il se dirigea vers sa cellule, dont la porte ne fermait plus depuis longtemps.

Je suis là, Seigneur, à veiller sur l’âme de ta maison, Lapidis Memoria…

Il était 6h30 et le jour allait bientôt se lever. La musique résonnait encore dans le jardin, mais la fête touchait à sa fin. Dans quelques heures, les premiers visiteurs investiraient les lieux ; il fallait faire place nette. Elle avait pénétré dans la galerie pour éteindre les bougies placées derrière chaque fenêtre du cloître.

Ce lieu, elle l’avait aimé au premier regard. Son histoire était chargée, mais son âme était belle. La chartreuse l’avait enchantée par sa quiétude et son mystère. Elle aimait à penser qu’elle était encore habitée. Elle croyait à la mémoire des pierres…

Peut-être était-ce pour cela que l’inquiétude la gagnait à mesure qu’elle avançait dans le cloître sombre et désert. L’atmosphère paisible de la journée était transformée par l’obscurité. A travers les âges, elle en était sûre, on la regardait. Elle sentait tout ce que sa présence pouvait avoir de troublant pour les occupants des siècles passés, à quel point il était extraordinaire de s’avancer sous cette voûte en robe de mariée.

Parvenue à la dernière bougie, elle eut peur de l’éteindre et de devoir affronter la nuit. Elle regarda vers le fond de la galerie, qu’elle ne pouvait distinguer et qui lui semblait presque menaçant. Elle remercia en silence ceux qui avaient sans doute assisté à son mariage et avaient admis sa présence ici. Elle se sentit bénie de leurs vœux et leur sourit. La dernière flamme fut soufflée, et elle s’éloigna bien vite pour rejoindre ses invités.

Je suis là, à travers les âges… La mémoire des pierres.

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Nouvelle présentée pour l’édition 2015 du concours Ecrire Aufeminin.

[Nouvelle] Trois lettres

« Chérie… »

« Chérie, écoute-moi… »
Je t’écoute. Même si tu ne diras rien qui changera quoi que ce soit.
« Je ne voulais pas manquer notre rendez-vous. J’ai été retenu au boulot… »
Oui, ben ça je m’en serais doutée.
Pourquoi il me disait un truc pareil, maintenant ? Comme si c’était important, comme si je ne le savais pas. Comme si je n’avais pas l’habitude de l’attendre, en vain parfois.
« Ma chérie, je m’en veux tellement si tu savais… »
Tu t’en veux ? De quoi ? Regarde-moi. Regarde-moi bordel ! C’est pas toi qui m’a fait aussi mal, toi tu m’as juste agacée, énervée, négligée. Tu ne m’as pas fait de mal. Pas vraiment.
« Mon amour… »
Le voilà qui pleure. Manquait plus que ça. Et moi je suis là, à le regarder pleurer, et mes larmes à moi ne coulent pas. Elles ne couleront sans doute plus jamais. Et en même temps, c’est tellement con de pleurer pour un rendez-vous manqué. Pour un dîner froid, pour une séance de cinéma loupée à quinze minutes près.
Ne pleure pas pour ça…
« Je suis là maintenant, je ne partirai plus, je te le promets. Je vais rester là, à côté de toi, ma chérie. Je vais démissionner, je vais m’occuper de toi, je suis là. »
Parce que tu crois que je veux vivre comme ça ? Te voir renoncer à tes rêves pour moi ? Te voir abandonner ce que tu aimes le plus au monde pour t’occuper de moi ? Devenir dépendante, redevable, coupable d’avoir gâché ta vie ?
« Tu sais que je t’aime ma chérie ? Je t’aime, tu es l’amour de ma vie. Quoi qu’il arrive, ce sera toujours toi. »
Arrête de dire des bêtises un peu. Je t’aime comme personne d’autre ne t’aimera, mais je sais qu’on ne pourra pas vivre comme ça. Ne serait-ce que parce que tu te sens coupable de ce qui m’arrive.
« C’est ma faute, ma chérie, je suis tellement désolé ! »
Voilà, on y est. Tu n’y es pour rien, va. Excuse-toi de m’avoir encore plantée. Le reste… J’aurais pu t’attendre un quart d’heure de plus dans ce café. J’aurais pu décider de foncer vers ton boulot pour t’incendier. J’aurais pu regarder avant de traverser. Ce n’est pas toi qui m’as fait ça.
« Chérie, chérie réponds-moi ! »
Il crie, sanglote, enserre ma main, et je ne bouge pas.
« Monsieur ? »
Une infirmière est entrée sans bruit. Le médecin l’attend, il est disposé à lui parler. Sur le pas de la porte, il se retourne pour me regarder. Du coin de l’œil, je saisis son regard douloureux. Il attend un geste de moi, que je ne ferai pas.
Je sais déjà ce qu’il va devoir encaisser. Trois lettres pour dire l’indicible. Pour dire que jamais je ne pourrai à nouveau l’embrasser, ni même rire à ses blagues. Je devrais m’apitoyer sur mon sort, et c’est sans doute ce que je vais faire pendant les prochaines années. Mais tout de suite c’est lui qui me fait le plus de peine, parce qu’il ne se pardonnera jamais de n’être pas venu me retrouver. Et que je ne pourrai jamais prononcer les mots qui l’apaiseront. Ce n’est pas ta faute. Il entendra juste ces trois lettres, qui ne le quitteront pas.

L-I-S. Locked-In-Syndrom. Je suis emmurée vivante.
L.I.S. Juste trois lettres. Le jour, la nuit, il les répétera à l’infini.

Nouvelle présentée au concours Ecrire Auféminin 2015.

Pas qu’une mère?

Cela fait neuf longs mois que je n’ai pas écrit ici. Une bonne partie de ma deuxième grossesse et la naissance de mon fils m’ont tenue encore une fois éloignée de ce blog que je voulais un espace juste à moi. Comme après la naissance de ma fille, l’envie revient doucement. L’envie d’être un peu moi, et pas seulement leur maman. L’envie de tout changer ici, comme si ce « moi » n’était plus tout à fait le même, encore une fois.

Partout l’image de la femme indépendante est mise à l’honneur. On nous le rabâche sans cesse : nous ne sommes pas que des mères. Facile ? Pas pour moi. La grossesse, les premiers mois de bébé, ces périodes à la fois compliquées et pleines de joie m’accaparent totalement. Je ne lis plus, je ne m’occupe pas de moi, je n’écris que sur la maternité. Et puis, ma tête s’ouvre un peu, et je recommence à penser à moi. Mais pas tant que ça.

Ces dernières semaines, j’ai voulu me retrouver un peu, et rien que le fait d’en avoir besoin est un grand pas en soi. Mon fils a quatre mois, il est temps de reprendre une activité. Oui mais voilà, je travaille avec mon mari. Ce qui est un choix, pleinement assumé et que je ne regrette pas. Simplement, pas facile de se dire que je n’ai pas grand-chose à moi. La « maman de », la « femme de », je suis où dans tout ça ?

Oh, je ne me plains pas. Mon mari et mes enfants sont les amours de ma vie, ce qui compte le plus à mes yeux. J’ai de la chance d’aimer autant et d’être aimée comme ça. J’ai juste envie d’avoir un petit espace à moi. Juste à moi. Ecrire, c’est ma bulle d’air, même quand je ne parle que de bébé. J’ai trop peu de temps à y consacrer, mais chaque heure à écrire est une heure précieuse.

Aujourd’hui, je suis juste un peu triste, je me sens un peu à l’étroit. Ce devrait être un jour plein de joie. On a remarqué un de mes articles, il s’affiche sur la première page du site du Huffington Post. Rien que ça. Un encouragement extraordinaire, le genre de nouvelle qui me donne des ailes. Oui mais voilà, aujourd’hui d’autres considérations plus terre à terre ont pris le pas sur la joie. De l’inquiétude, de l’abattement, et cette jolie nouvelle est reléguée au second plan. Il serait injuste de dire « comme moi, finalement ». Mais c’est un peu ce que je ressens.

Peu importe, ça passera. En attendant je vais renouer un peu avec moi, tâcher de voir si j’existe encore. Je me suis lancée un défi en essayant une activité un peu spéciale, dont je reparlerai si toutefois je n’abandonne pas au bout de deux semaines. Je vais ouvrir un livre, je peine à croire que j’ai pu m’en passer si longtemps. Je vais réinvestir ma bulle un peu, au moins de temps en temps.

Bilan de l’année 2014

J’ai conclu la rétrospective de l’année 2013 en disant que, selon moi, il faudrait poser des jalons en 2014, semer des graines qui germeraient plutôt l’année suivante. Je ne m’étais pas tellement trompée, les graines ont effectivement tardé à germer. J’espérais quelques retombées des efforts passés, tout de même. Ce ne fut pas trop le cas malheureusement. Quand j’ai écrit « En 2014, il faut définir un cap, et tenir bon. », je n’imaginais pas résumer mon année à venir en une phrase. Et pourtant… Cette année encore, j’aurais du mal à faire une rétrospective chronologique, mais faisons tout de même un retour sur cette année 2014.

Quand je cherche ce qui a dominé cette année, ce qui me vient en premier n’est pas très positif : fatigue, malchance, épuisement, problèmes financiers. C’est vrai que nous n’aurons pas été épargnés cette année, et que nous avons même eu peur d’avoir carrément le mauvais œil. Normalement, j’essaie de voir le positif en chaque chose, et je crois profondément à la pensée positive et à la loi d’attraction. Mais pendant un temps j’ai perdu pied, et l’accumulation d’ennuis en tout genre m’a fait voir les choses en noir. Il faut dire qu’à chaque problème résolu, ou en passe de l’être, un nouveau nous tombait dessus. Côté boulot, l’Homme s’est débattu avec des retards de livraison, des petits problèmes de santé, des soucis mécaniques, et quand nous pensions avoir rattrapé le retard un nouvel ennui venait en rajouter. Côté vie de famille, difficile de trouver un rythme après des mois de crises nocturnes, avec un bébé toujours en demande, et l’épuisement qui n’aide pas à s’en sortir. C’est sans doute exagéré, mais en 2014 nous avons eu l’impression que le sort s’acharnait, de ne pas parvenir à reprendre notre souffle entre deux pépins, qui s’accumulaient encore et encore. 2014 nous a épuisés.

Heureusement, tout n’a pas été si noir cette année. Côté boulot, on peut dire que l’activité de l’Homme s’est bien développée, et nous avons souvent constaté qu’il s’est forgé une bonne réputation. Ses clients sont ravis, ils refont appel à lui ou lui envoient du monde, la demande est là, bref c’est réellement encourageant. Quant à moi j’ai pu commencer à l’aider, et cela m’a vraiment sauvée de la déprime après un an à rester à la maison. J’ai adoré passer des heures le pinceau à la main, seule, à faire quelque chose d’utile qui laisse mon esprit s’aérer un peu. Côté bébé, il y a eu un réel changement dès le mois de janvier, j’ai commencé à la faire garder, bref c’était un peu plus léger. En septembre, pendant les vacances de la nounou, j’ai passé une semaine sympa avec ma fille, qui m’a réconciliée avec l’idée d’un deuxième bébé. 2014 nous a un peu encouragés.

Et puis, forcément, le plus marquant… Ce deuxième enfant dont on a tant parlé, que j’ai tant hésité à faire. Puis ces conversations qui m’ont apaisée. Et cette décision un peu folle, pas très réfléchie, un jour de septembre. Et me voilà qui termine l’année enceinte de trois mois, déjà bien arrondie. Il y a eu cette échographie, fin novembre, qui en une demie-heure nous a rappelé l’essentiel et a balayé les petits soucis, qui ne sont pas dramatiques, au fond. L’accumulation nous a empêchés de relativiser, un petit bébé qui s’est frotté les yeux devant nous a réussi à nous faire comprendre que l’essentiel nous l’avons. Cela a remis les choses en place, et c’était nécessaire. 2014 nous a fait un joli cadeau pour se faire pardonner.

Définir un cap, et tenir bon. Mille fois nous avons voulu tout plaquer, changer encore, rendre les armes. Mais nous avons tenu bon. Parce que cette vie, nous l’avions voulue tellement. Alors nous avons traversé cette année qui nous a malmenés, difficilement, mais nous y sommes arrivés. 2014 serait l’année du Soi, disais-je l’année dernière. Si cela signifie qu’il fallait choisir ce qui nous correspondait réellement, et ne pas en démordre malgré tout ce qui nous poussait à lâcher, alors oui, 2014 a été l’année du soi. Comme si la vie nous tapait sur la tête : « tu veux ça, tu es sûr ? » Plus fort, « tu es sûr ? ». Je ne sais pas, cela peut sembler étrange, je prône sans cesse la remise en question en temps normal.

Quant à 2015… L’année où les graines vont germer, j’en suis toujours aussi convaincue. C’est une année qui verra nos efforts récompensés, enfin. Une année plus légère, sans cette sensation de lenteur. 2015 sera l’année de la récolte. Cela peut être à double tranchant : ce que nous avons semé, le bon comme le mauvais, verra le jour cette année. Je crois que pour certains cela sera difficile.* Je crois que pour ceux qui ont mis en place des choses qui leur correspondent, qui sont justes, il y aura de bons résultats. En tout cas c’est ainsi que je ressens cette année. Une année de guérison, en quelque sorte.

Quoi qu’il en soit, en ce qui nous concerne, une petite graine plantée en 2014 va voir le jour en 2015. Il y aura donc forcément beaucoup de lumière pour nous cette année.

En 2015, je vous souhaite de récolter de belles pousses, de jolies fleurs, de grands arbres fruitiers.

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Et pour un petit retour en images sur cette année 2014, c’est par ici !

* Cet article a été écrit début janvier, avant les événements que l’on connaît et sur lesquels je ne reviendrai pas, puisque je me refuse toujours à parler d’actualité ici. Néanmoins, pour reprendre la phrase de ma copine Laurie, je n’en garde pas moins l’espoir pour les mois à venir.

Ces Instants-là – Herbjorg Wassmo

Quatrième de couverture :

Elle grandit dans le nord de la Norvège, entre une mère insaisissable mais présente, une petite sœur qu’elle protège, un père qu’elle méprise avant de le haïr. Elle n’est pas coupable du mal qu’il lui fait. Puis elle aime le rock, la danse, les mains de l’apprenti électricien. Elle surnage face à la honte, part à la ville étudier. Son père est loin, c’est bien, mais son jeune fils aussi est loin. Elle lit, et brave son silence dans l’écriture. Elle se marie, publie, devient écrivain. Se bat pour sa liberté et son droit à vivre comme elle le souhaite. Avec pudeur et sans fard, Herbjorg Wassmo raconte ce qui fait une vie, en la présence majestueuse du Grand Nord.

J’ai reçu ce livre dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de Priceminister, et, au moment de rédiger ma critique, je suis bien embêtée. Parce que, si je veux être honnête, je ne vais pas être très sympa.

J’ai pourtant été cueillie tout de suite. Un style très particulier, très subtil, des passages subliminaux et sublimes, les premiers chapitres m’ont enchantée. J’aime cette espèce de flou artistique, qui montre un peu sans rien expliquer du tout, ces passages sous silences que l’on devine lourds de sens, cette façon de montrer un personnage sans en faire l’analyse, nous laissant tout imaginer, comprendre un peu et parfois nous y retrouver.

En rentrant chez elle, elle sent une gigantesque bulle gonfler dans sa poitrine. Elle essaie de respirer en surface pour l’empêcher d’éclater. La bulle arrive dans sa gorge et n’a pas bon goût. À travers son gilet en laine, l’automne la veut.

Les autres sont ceux qui rient. Murmurent. Se tiennent groupés. Ceux qui savent tout ce qu’elle ignore. (…) Ils sont contents ou en colère, mais jamais vides.

Mais voilà, tout un roman écrit de la sorte, ça devient vite ennuyeux. On plisse les yeux, le flou persiste. Aucun prénom, aucune description, rien à quoi se rattacher, rien qui donne la consistance nécessaire pour s’identifier un peu, pour s’attacher ou pour détester. On regarde défiler la vie de cette femme, de son adolescence à l’âge adulte, ou plutôt on en découvre des instants, et rien ne se passe. Parfois, une phrase illumine un peu l’ensemble, c’est vrai qu’il y a plusieurs jolies pépites dans ce livre, mais ce n’est pas suffisant.

J’ai essayé pourtant, parce que ces pépites justement méritent qu’on fasse un effort pour saisir le reste, mais il me faut admettre que j’ai bien failli ne pas arriver au bout. J’avais hâte que cela se termine, d’ailleurs que quoi se termine ? Alors, oui, la fin… On pourrait dire que nous avons assisté à un cheminement long vers l’acceptation et l’amour de soi. Ou on pourrait refermer ce livre en se disant « tout ça pour ça ? »… Pour ma part, j’ai ressenti du soulagement, et j’ai sauté sur un autre roman, qui, lui, m’a tenue éveillée une partie de la nuit.

Toutes les larmes de mon corps


Les larmes font partie de moi, depuis toujours.
J’ai tellement pleuré. De colère, de joie, de tristesse, de fatigue, de rire aussi. J’ai la larme facile comme on dit. Même quand je ris, ça coule tellement fort qu’on ne sait plus trop si je suis contente ou si je souffre. C’est ainsi.

J’ai pleuré enfant, au milieu de deux adultes qui ne mesuraient pas la portée de leurs propos. Plus tard, j’ai pleuré de colère rentrée, de peur, de solitude. Adolescente, j’ai eu mon premier chagrin d’amour, et j’ai pleuré mon meilleur ami. Puis j’ai cessé de pleurer. Suffisamment longtemps pour m’en étonner le jour où les larmes ont recommencé à couler. Puis je suis partie, et les larmes ont débordé. Le jour, la nuit, sans arrêt. Elles ont mis très longtemps à s’arrêter.

Pendant ma grossesse, j’ai souvent pleuré. Des pleurs intempestifs au début, vive les hormones, puis des pleurs de joie, de plus en plus souvent. J’ai versé une larme de bonheur sur chaque petit vêtement, chaque petit jouet, chaque petite chose qui symbolisait cet enfant à naître.

Lorsque ma fille est née, j’ai pleuré les larmes les plus douces de ma vie entière. Un immense bonheur dans chaque goutte. Puis tout a recommencé. Les choses que je pensais avoir résolues sont remontées à la surface, je me suis sentie perdre pied, et j’ai pleuré. Mais j’ai aussi pleuré de joie, souvent, en regardant ce bébé sorti de mon ventre.

Durant sa première année, j’ai énormément pleuré. De joie, évidemment. Mais pas seulement. De fatigue, d’épuisement, d’énervement, d’incompréhension aussi. Pas évidente, cette première année, avec toutes ses valises revenues s’accrocher à moi et cette petite fille mal dans son corps pendant des mois.

Je pleure moins maintenant. Enceinte de deux mois, j’ai parfois les hormones qui me poussent à pleurer, mais rien ne sort pour autant. Et j’ai mal aux yeux. Alors, je suis allée voir un ophtalmo il y a deux jours. Et vous savez ce qu’il m’a dit ? « Vous avez un gros problème de larmes. » Et oui. Je ne fabrique que de l’eau, pas assez épaisse pour me protéger les yeux… J’ai hésité à éclater de rire. Mais peut-être cela n’a-t-il rien de drôle. Je ne fais que de l’eau, trop claire pour me protéger. Ah, ah. Avouons que c’est un tout petit peu marrant quand même.

Voilà, c’est officiel. À 31 ans, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je n’en ai plus. Est-ce que c’est triste ? En aucun cas. L’eau, c’est l’émotionnel. Je me suis vidée de ce paquet d’émotions que me traîne depuis des années, trop d’années. C’est plutôt une bonne nouvelle si on y réfléchit. L’arrivée de ma fille a précipité les choses, j’ai tout sorti, je me suis lavée. Une bonne fois pour toutes ? Espérons.

Je le dit souvent, je sens que cette année 2015 va marquer un changement. Évidemment, le fait d’accueillir notre deuxième enfant sera un fait marquant en soi. Mais pas seulement. Peut-être, je dis bien peut-être, qu’il va être temps de laisser vraiment le passé derrière, de commencer une nouvelle vie, sans toute cette eau qui brouille la vue qu’on a sur les choses. Je ne sais pas. J’ai ressenti en tout cas qu’il fallait me réjouir de n’avoir plus de larmes. Histoire de ne pas les donner en héritage à mes enfants, pour commencer. Et histoire d’en faire de nouvelles, qui seront là parfois pour me protéger, mais aussi pour accompagner les fous rires et les instants de bonheur. Des larmes bien à moi, pour changer.

Perspectives d’une fin d’année

J’en avais un peu parlé ici, je m’étais dit que l’année 2014 serait celle du Soi. Alors que l’on s’approche du dernier trimestre, force est de constater que cette année est porteuse de sacrés défis. Si 2012 était l’année du cœur, 2013 et 2014 nous ont fait faire un grand nettoyage, conscient ou pas. Et, forcément, tout ne se passe pas dans la douceur, encore une fois.

Jusqu’à récemment, je pensais que l’Homme et moi avions le mauvais œil, en quelque sorte. Pourtant j’essaie de voir le positif en toute chose, mais là j’avoue que l’accumulation m’a fait plier, et m’a fait penser que rien n’allait. Et que c’était profondément injuste. Et puis j’ai regardé autour de moi, écouté, et lu aussi certaines d’entre vous. Et je me suis rendue compte que ce sentiment de « poisse » est partagé par beaucoup. Que nombreux sont ceux qui se sont sentis entravés cette année. Comme si on cassait toutes nos résolutions, comme si chaque fois que quelque chose se passait bien un grain de sable venait enrayer le mécanisme. Encore et encore. Et la lenteur de 2013 a continué, avec une nuance de mise à l’épreuve.

Je continue à croire que nous récolterons les fruits de tout cela en 2015. Et, après réflexion, je continue à croire que 2014 est l’année du Soi. Qu’il faut rester centré sur ce que l’on veut vraiment, sur ce que nous sommes, pour tenir le cap. Comme s’il fallait réaffirmer ce que nous voulons.

Pour certains, cela bouge plus, les choses sont débloquées, pour d’autres la lenteur commence à peine à se faire sentir. Je crois que ce bouleversement de 2012 s’étale sur des années, mais qu’il n’épargne personne. Et c’est tant mieux.

D’ici deux ou trois mois, nous entrerons dans la vibration de l’année 2015, et je crois que nos efforts commenceront à payer. Et j’espère que les retombées seront à la hauteur de nos attentes. En attendant, peut-être faut-il faire du tri. Si nous avons la sensation qu’on nous pousse à lâcher prise, posons-nous la question « Est-ce que j’y tiens ? ». Si la réponse est oui, pour une fois, ignorons un peu les signes, pas totalement, mais juste assez pour montrer que nous sommes déterminés. Ayons foi en nous, pour bien terminer l’année.

coeur-nature

Nuit blanche et idées noires

Il est tard, tu t’apprêtes à aller te coucher, et d’un seul coup ça commence. Tu t’immobilises. Tu attends, tu es fatiguée, tu n’as pas le courage. Trop tard, le malaise est là. Il prend naissance dans ton ventre, monte dans ton plexus. Tu ne peux rien faire, tu ne peux plus aller dormir maintenant. Tu montes quand même, lui dépose un baiser sur le front, avant de t’installer à nouveau sur le canapé. La nuit sera courte.

Le malaise se fait plus présent, la tristesse t’envahit. Une mélancolie aux contours flous, une peine sans but précis, qui prend possession de tes poumons, de ta gorge. Le bonheur ne laisse rien à l’écriture, c’est toi-même qui l’as dit. Lorsque tu es au bord des larmes, c’est que le moment est venu.

Sur un cahier, sur un clavier, des mots vont venir, sans que tu saches toujours d’où ils sortent. Ils vont couler, limpides, rapides, à tel point que tu auras du mal à suivre le rythme. Et puis tout s’arrêtera, et tu resteras vidée, triste et fatiguée. Mais soulagée. Et peut-être que demain tu aimeras ce que tu liras. Peut-être.

Parfois c’est plus léger, parfois une phrase arrive dans la journée, et tu te surprends à noter des mots aussi soudains qu’inattendus. C’est que cette phrase ne te quittera pas tant que tu ne lui auras pas donné corps. Alors tu t’exécutes. Et tu te retrouves à écrire quelque chose comme « Il y a, quelque part, un parfum d’agonie… ». Et d’autres phrases suivent.

Soyons honnêtes, ça te plaît. Ce sont des instants que tu chéris, parce que tu as l’impression d’éteindre les lumières et de laisser sortir cette part obscure de toi, celle que tu crois être, au fond. Peut-être bien que c’est le cas. Peut-être pas. Peu importe, ça n’appartient qu’à toi. Rien qu’à toi.

Il te faut juste la volonté de freiner. Parfois tu veux prendre le relai quand la source se tarit, et tout s’effondre. Il faut juste savoir t’arrêter. Il faut juste savoir à quel moment tu peux enfin aller dormir, les yeux lavés, l’âme un peu plus légère, le corps épuisé. C’est difficile de lâcher. Allez, va maintenant, va te coucher.

lune

Retrouvailles

Lundi 11 août

C’était l’occasion de revenir la voir. J’étais là, un peu timide, un peu gênée, cela faisait si longtemps que l’on ne s’était pas parlé… C’était étrange de revenir, même si tout est familier.

Je me suis assise à la terrasse d’un café, et, sous ces murailles écrasantes, les mots sont venus se coucher sur le papier. Comme s’ils m’attendaient depuis tout ce temps, comme si la pierre me les avait gardés.

Quelle sensation étrange de retrouver ces rues où tant de choses se sont joué, à différents moments de ma vie… Et tous ces gens qui font comme si de rien n’était, comme s’ils ne se doutaient pas de tout ce que j’ai vécu, ici, là où il posent le pied.

Etre anonyme dans sa ville… Une personne de plus dans la foule, mais une personne pour qui chaque rue, chaque pierre exhale le souvenir. Une personne qui respire sa vie dans chaque pavé foulé, chaque vue embrassée.

Et cet endroit mystérieux… Il s’offre à moi pour la première fois, ultime cadeau de la ville délaissée, qui tente peut-être, dans un effort désespéré, de me reconquérir. Mais, tu sais, tu ne m’as pas perdue. Tu ne me perdras jamais. J’ai trop vécu ici. J’ai trop aimé, j’ai trop pleuré, j’ai trop perdu, et tant gagné. J’ai trop écrit, j’ai trop rayé. J’ai trop noirci, et j’ai acquis cette étrange clarté que donnent les épreuves surmontées.

Tu es toujours pour moi ce que tu as été. Un endroit où rêver, un endroit où écrire, une muse cité. Non, tu ne me perdras jamais.

Et cet endroit… Forcément, j’y suis allée. On ne refuse pas un cadeau pareil, dont la valeur n’est connue pleinement que de ceux qui ont vécu ici, parce qu’on a tous une histoire à raconter sur ce lieu qu’aucun ne connaît pourtant. Je vous en donnerai un morceau, si jamais je parviens à le décrire.

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