L’histoire d’une honte ordinaire…

J’ai hésité avant d’écrire ça, et puis je me suis dit : solidarité. Oui, car si la sublime Laurie ose nous livrer un épisode qui pourrait quelque peu écorner son image de déesse si toutefois elle n’était pas si ancrée dans notre inconscient collectif, je me dois de lui montrer mon soutien en révélant à mon tour que, oui, j’ai beau être parfaite, il ne m’en arrive pas moins des péripéties peu racontables… Ok, t’as compris, je me suis tapé la honte internationale.

Voyez-vous, la grossesse a parfois son lot de petits désagréments plus ou moins glamours. Je ne vais pas entrer dans les détails de ce qui se passe ma culotte, bien que je vous sais vivement intéressées par le sujet, je me contenterai de dire que je suis allée quérir l’avis d’une sage-femme pour un petit problème qui se situe dans ladite zone.

Il y a des drames quotidiens qui nous touchent toutes et auxquels nous ne faisons même plus attention tant ils sont devenus communs. Le pépé qui pète devant nous dans la file d’attente, le gosse qui fonce droit dans nos jambes, le vendeur de volailles qui nous propose systématiquement de goûter sa saucisse, braillant à plein poumons au milieu du marché… Et puis il y a la secrétaire médicale qui a la discrétion du ouistiti en rut. Non, je ne veux pas stigmatiser une profession, mais vous en avez forcément connu au moins une comme ça, avouez. Telle la pharmacienne qui gueule depuis l’arrière-boutique « Le médicament contre la diarrhée, je vais devoir vous le commander par contre, ça va aller jusqu’à demain ? » (oui, si je te chie dessus, connasse), la secrétaire médicale ne se rend pas toujours compte de l’acoustique de la pièce. À moins bien sûr qu’elle soit juste sadique, mais nous ne le saurons jamais.

Il m’est arrivé de passer un long moment dans une salle d’attente et de glaner de nombreuses informations au gré du babillage de la secrétaire… Dans ces cas-là, tout le monde est au courant de la vie de ses compagnons d’attente, et parfois on a presque envie de se tutoyer. C’est convivial, mais on s’en passerait volontiers. À la limite, ça peut être l’occasion de choper le numéro de portable d’un ou d’une belle inconnue, mais bon on croise rarement Brad ou Angelina au labo du coin… enfin, si, parfois une magnifique jeune fille entre, mais elle vient pour un prélèvement qui porte peu au fantasme (pardon mais je ne m’en remets pas !). Bref, on prie pour que jamais nous n’ayons à subir l’affront de devoir aller s’assoir d’un air détaché parmi douze inconnus au sourire goguenard…

11

Revenons à ma culotte. Il y a deux jours, j’ai téléphoné à la maternité, expliqué mon problème, et je me suis vue assurer un entretien avec une sage-femme entre deux rendez-vous. Arrivée sur place, je me suis présentée à la secrétaire, qui, très pro, se souvenait de notre conversation et a immédiatement décroché le téléphone pour que l’on vienne s’occuper de moi. Sauf que, allez savoir pourquoi, elle a brusquement monté de trois octaves pour brailler dans le combiné : « J’ai une petite dame là, elle a un souci de démangeaisons, tu peux monter la voir ? ». Génial, merci Gisèle, t’assures grave.

J’ai jeté quelques regards craintifs autour de moi, constatant avec soulagement que le couloir était désert… Et j’ai croisé le regard de ce type, assis juste devant la porte ouverte de la salle d’attente avec sa femme, qui me regardait avec un sourire en coin. Quelle pute cette Gisèle. C’est donc drapée dans ma dignité en lambeaux que j’ai attendue debout dans le couloir que la
sage-femme vienne me chercher. Et une quarantaine de secondes peuvent paraître une éternité en pareil cas.

Pour ajouter un peu à la situation, mon homme devait venir me récupérer et il était convenu de se retrouver dans la salle d’attente. J’ai donc dû, en sortant de la consultation, y faire quelque pas pour lui signaler ma présence, sous l’œil toujours rieur du sale type, dont le regard disait en substance : « ça va, t’arrive à te retenir de te gratter la choune ? ». Grossier personnage. Je n’étais qu’amour, paix et sérénité. Certaines auraient assumé peut-être, et l’auraient défié du regard, peut-être même du geste. Je me suis contentée de remorquer mon mari en baissant les yeux, et en serrant les jambes, laissant mon glamour à terre, lui qui agonise depuis quelques mois et n’attendait que le coup de grâce pour expirer enfin. Qu’on me parle encore de la fabuleuse aura qui entoure la femme enceinte…

Publicités

Cachez cette femme que je ne saurais voir!

Moi qui me désespérais de ne rien avoir à dire, avant-hier j’ai été frappée par une évidence : il fallait que je vous raconte ce qui venait de m’arriver.

Depuis que je suis enceinte, j’ai un rythme disons… particulier. Depuis quelques semaines, je suis carrément décalée par rapport au monde des vivants. Soit je me couche tôt et je suis réveillée à 2h30 du matin, pour ne me rendormir qu’au point du jour, soit je ne m’endors qu’à 3h, avec un peu de chance. Autant dire que mes journées commencent rarement avant midi.

Sauf que les rendez-vous deviennent plus fréquents en ce troisième trimestre, et sont souvent le matin. Du coup, j’y vais avec 3 ou 4 heures de sommeil dans les cernes, et je me rattrape l’après-midi. En réalité je pense que le corps s’entraine à fractionner ses nuits sur 24h, mais ce n’est pas l’objet du jour.

Jeudi matin donc, nous sommes allés à un cours de préparation à la naissance, et du coup vers 14h je me suis échouée sur mon canapé et j’ai sombré dans le sommeil, tel un cachalot ronflant. Encouragé par tant d’énergie, mon homme est parti travailler plein d’entrain. Mais voilà que deux heures plus tard, revenu pour travailler à la maison, il m’a tirée de ma mare de bave de façon douce mais ferme, l’infâme. Pour le motif fallacieux que deux habitants du village étaient à la porte, venus voir l’avancée des travaux du salon et lui prodiguer de précieux conseils.

Il m’a aidée à me lever, m’a mis mon coussin de maternité sous le bras, et m’a gentiment guidée, le chignon dans les ovaires, en direction du couloir pour que je puisse aller finir mon cinquième de nuit à l’étage. Et au moment où il a soulevé le rideau en bas de l’escalier, la même pensée nous a traversé l’esprit. On s’est regardés, il a ri et j’ai souri. « On dirait que je te cache, ma pauvre chérie ! ». Ben ouais, il y avait de ça.

Jeudi, les filles, mon mari m’a soigneusement cachée à la vue de nos visiteurs. Non qu’il ait honte, ni qu’il considère que mes nouvelles mensurations prêtent à fuir. Il a juste voulu m’épargner de me réveiller devant de quasi étrangers, et préserver le peu de dignité qui reste à une femme qui n’arrive plus à se relever si par malheur elle roule sur le dos. Pourtant l’un d’eux a déjà vu ma tête au réveil, souvenez-vous, mais justement l’article qui s’en était suivi lui avait montré à quel point l’expérience fut douloureuse.

Bref, mon homme m’a fait disparaître, mais c’était par gentillesse.  Ça fait un drôle d’effet quand même.

11

Ma tête au réveil, ou le truc le moins mystérieux du monde…

Voir une fille au réveil. Pour certains c’est un peu le Graal ultime, le signe que la délicate créature vaporeuse leur a ouvert la porte de son intimité, levant ainsi le voile sur une partie du mystère : qui est-elle donc, cette déesse inatteignable ? Car ces femmes ont une image à entretenir, et elles ne laissent pas facilement voir ce qui se cache derrière leur visage frais et fardé.

Et puis il y a moi, que la moitié de la planète a vue au réveil. Oh, je vous voir venir ! Je n’ai rien d’une nymphomane, il se trouve seulement que ma part de mystère en société est relativement réduite, surtout le matin.

Prenez ce matin, par exemple. Au réveil, ayant constaté que le café était encore chaud, j’ai pris mon petit panier, deux tasses, et je suis partie boire mon café avec l’Homme. Oui car depuis peu il a un atelier à l’entrée du village, et comme il se lève très tôt pour éviter de bosser aux heures les plus chaudes j’aime bien lui apporter un peu de caféine dans la matinée. Bref, je me gare, je sors de la voiture et je vois quelqu’un sortir. Fail : ce n’est pas mon homme mais l’employé communal qui lui fait quelques travaux. Je vous situe ma tenue : petit short bleu ciel avec un nounours dessus (glam) et débardeur blanc tâché (pas de soutif, tant qu’à faire), cheveux vaguement attachés et tenus par un gros serre-tête rose (classe internationale). Voilà voilà.
Bonjour Monsieur, ne vous inquiétez pas, c’est journée cernes et marques d’oreillers à l’honneur, la grande mode, vous lisez jamais Marie Claire ? Du coup il a bu MON café, l’homme s’est discrètement foutu de ma gueule et je les ai sincèrement haïs tous les deux.

chouette
Je suis pourtant habituée. Forcément, quand on a tendance à se coucher à deux heures du mat et à se lever à 9-10h, il arrive fréquemment d’interagir avec des individus tout ce qu’il y a de plus éveillés dans un état de sommeil paradoxal.

J’ai toujours fini mes nuits dans le bus qui m’emmenait au lycée. Pendant mes études je prenais le premier cours du matin dans un état de lucidité très relatif. Il y a eu la fois où j’ai fait peur à un livreur. Oui : peur. C’était l’époque où je ne me démaquillais pas le soir… Je vous laisse imaginer le tableau. Et bien entendu tous mes collègues de boulot ont un jour souri discrètement, ou m’ont carrément assené un « putain t’es sanglante toi le matin ! » (une manière élégante et originale de me dire que j’ai une tête totalement déstructurée ?).

Souvenez-vous, j’avais parlé ici du drame du collègue de travail qui te demande si t’es malade sous prétexte que tu n’es pas maquillée. Mais pourquoi donc, me direz-vous, n’être pas tous les jours maquillée ? Je n’étais pas dans un trip du retour au naturel, pas plus que de « la beauté c’est un état d’esprit ». Penses-tu. Non, en réalité, je venais de me lever.

Tout ça pour dire que j’ai un peu du mal le matin, et que par conséquent tous les gens qui me côtoient avant midi sont susceptibles de connaître parfaitement quelle tête (et quelle haleine, glam toujours) j’ai au saut du lit. Enfin, quand je dis au saut du lit… Moi je n’en saute pas, j’en tombe et je m’écrase la gueule par terre. J’ai appris à gérer ces moments avec dignité et à me la jouer fille nature qui s’en fout comme de son premier tampax, méprisant du même coup la créature impeccable et vaporeuse qui nous les brise, bordel. N’empêche. Ce matin ça m’a fait mal. Pourquoi ? Parce que le mec, qui a environ 50 balais, quand il m’a vue arriver, il a dit « Bonjour MADAME ». M’en fous, je sortirai plus jamais de chez moi avant midi.

Folie passagère, ou comment deux blondes décident de randonner

Je vous l’ai vaguement annoncé, mais, je l’avoue, sans les trompettes que cela requiert : j’ai fait une randonnée ! Moi, l’allergique au sport, la boiteuse du dos, l’endurance d’un poussin qui sort de l’œuf. Et attention, hein, pas la randonnée de fillette ! J’ai fait environ 15km de sentiers, avec deux dénivelés de 108 et 85 mètres. Ouais. Vas-y, évanouis-toi, je t’attends.

Ça va mieux ? Je te raconte. Je suis allée quelques jours à Hyères avec ma copine. J’y ai vécu, donc je connais, mais elle non. Elle voulait voir Porquerolles. Soit. Auguste**, notre réceptionniste, nous a donné une superbe carte de l’île. Étanche, la carte. J’aurais dû flairer le piège. Nous avons donc étudié notre destination, et décidé de faire un peu de marche. Les chemins de randonnées n’avaient pas l’air bien méchant, après tout, et les sentiers du bord de mer sont toujours magnifiques.

Porquerolles

Le lendemain nous étions donc sur le bateau, prêtes à faire le circuit de 10km balisé en bleu, niveau moyen, accessible à toute la famille. Mais sous nos shorts de randonneuses allemandes nous avions nos maillots de bain, parce que faut pas déconner quand même, on y va tranquille.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Porquerolles est une petite île au large de la presqu’île de Giens, qui fait partie de la ville d’Hyères, dans le Var. C’est un endroit préservé, aux plages de sable fin et aux eaux turquoise qui font de splendides cartes postales.
.

Arrivées à bon port, c’est donc le pas léger et l’enthousiasme enfantin que nous entamons notre périple. Un petit kilomètre, et nous voilà à un carrefour. Notre balisage bleu part sur la droite, mais un panneau tentateur nous promet un moulin du bonheur sur notre gauche, et un phare droit devant nous, sur la côte opposée. C’est là que notre entrain encore intact nous a transformées en connasses. Avisant sur la carte que depuis le phare nous pourrions aisément rattraper notre itinéraire, moyennant trois ou quatre ridicules petits kilomètres, nous avons foncé droit devant, chevelure blonde au vent. Vous qui lisez ça, vous sentez de suite l’embrouille, je suis sûre. Oui mais dans le contexte c’était déjà extrêmement difficile de renoncer à faire un détour par le moulin au nom prometteur, alors zapper en plus le phare nous paraissait insupportable.

Porquerolles (2)

Deux kilomètres plus tard, nous voici face à un panneau qui nous jette laconiquement à la figure que l’accès au phare est interdit. Bon. Pas grave, de toute façon au rythme où nous marchons on ne s’est pas trop fatiguées. Retour sur nos pas, pour prendre un petit sentier qui longe la côte et rejoint la crique où nous avons prévu de faire halte à midi. Interdit aux vélos, le sentier.

Ah oui, il me faut préciser que les chemins là-bas se font aussi à vélo, pour la plupart. Sauf le sentier des crêtes, et d’autres encore qui sont trop étroits et/ou trop escarpés pour les 2 roues. Vous comprenez un peu mieux l’idée de génie ?

Porquerolles (3)Bref, première halte dans une crique, la gorge du Loup. Une eau cristalline absolument magnifique         nous accueille, aussi fraîches qu’elle d’ailleurs. C’est seulement après que les ennuis ont commencé. Nous   avons abordé ce que j’appellerai la vallée de la mort, très clairement indiquée par des arbres desséchés sur pied et l’absence totale de trace de vie humaine. Nous avons compris à quoi faisait référence les petits traits sur la carte : au dénivelé.

Porquerolles (4)

Première crête : 108 mètres. Bientôt 13h. Je me souviens avoir prédit que nous finirions la journée en pleurs. Je me souviens qu’elle m’a rappelé que le dernier bateau était à 19h. Nous nous sommes demandé si les secours nous trouveraient à la nuit tombée. Je vous ai dit que ni elle ni moi ne sommes des marcheuses ?

Quand nous sommes enfin parvenues à la crique suivante, nous avons pris le minimum de temps nécessaire pour manger avant de repartir, de peur de rater le bateau. À 14h, nous abordions la seconde côte, la plus violente, et passions de 0 à 85 mètres en moins de dix minutes. Un de nos poumons se trouve toujours sur place.

À un moment nous avons croisé un couple (ah oui parce que du coup, avec le phare et tout ça, on était à contresens de la marche), et le monsieur était très content de voir des gens en vie. Nous aussi. En fait ce jour-là nous étions quatre couillons à prendre le sentier des crêtes.

À un moment, nous avons croisé un large chemin. Deux options : à droite, le village, en une petite heure. En face, un sentier vers la pointe de l’île et ses plages. Ben ouais, mais quitte à faire les connasses, hein… Un quart d’heure plus tard, premiers rires nerveux. « Putain elle a intérêt à valoir le coup cette putain de plage ! ». « J’en ai rien à foutre, je fous le feu à l’île ! » (ouais, on se console comme on peut, hein.)

Porquerolles (5) La plage noire. Dix ou onze kilomètres au compteur, on ne compte plus. L’eau est froide, tant pis, on s’y jette. C’est joli. Le bain frais fait du bien. Quatre kilomètres nous séparent du village. On a fait le plus dur. On se permet un détour par le fort, bam 1km de plus aller-retour. On n’est plus à ça près.

Une femme nous affirme qu’il faut à peine une demi-heure pour faire le chemin qui reste. Elle part sur son vélo, je passe le reste de l’après-midi à l’insulter. Depuis le matin nous avons à peu près doublé notre allure, mais tout de même. Le chemin est plus facile, il est large et plus plat. Comme l’heure du départ semble désormais assurée nous nous arrêtons un peu plus longuement pour nous baigner dans les rochers.

Là c’est agréable, on commence à se détendre, et notre corps a pris un rythme. On marche plus vite, on respire mieux, on se rend compte de notre exploit. Je suis super fière de moi en tout cas. À 17h30 nous sommes attablées devant un verre (dont le prix a réussi à nous faire transpirer un peu plus), heureuses mais fatiguées. Sept heures après le débarquement, retour au bateau. Nous avons marché près de 5 heures. Entre 14 et 16 kilomètres je dirais.

Au final j’exagère beaucoup, encore et toujours, car nous n’avons pas tant souffert que ça, à ma grande surprise. Par contre les trois jours suivants j’ai eu l’impression que le bas de mon corps m’en voulait au point de vouloir me quitter définitivement. Le pauvre, il n’a pas compris ce qu’il lui arrivait.

Carte-Porquerolles

** Ce n’est pas par soucis d’anonymat que son nom a été modifié, c’est parce que je ne connais pas le vrai et qu’Auguste s’est imposé naturellement durant notre séjour.

L’art (relativement abstrait) de faire sa valise

Avant de vous faire rêver avec les photos de mon petit séjour au bord de la mer, laissez-moi vous raconter une aventure non moins trépidante : la préparation de ma valise. Ôtez ce sourire de vos lèvres, cette histoire est malheureusement une histoire vraie.

Le contexte : Nous sommes lundi, demain je pars 4 jours à la mer avec ma copine adorée chérie.

L’idée que je me fais de ma journée : mis à part un peu de repassage, ça devrait être vite torché. Deux maillots de bain, trois culottes, des robes et le sac de plage, et basta. Ensuite je range la maison et je fais le ménage. J’ai une liste de papiers divers à faire. Et je devrais pouvoir cuisiner un peu pour que l’Homme n’ait pas trop à se casser la tête cette semaine. Pendant ce temps je programmerai un ou deux articles pour mon absence. Genre la critique de ce livre que j’ai fini il y a 3 semaines, par exemple. Ce soir c’est Dr House en replay.

Ce qu’il s’est réellement passé :

9h30 : Je vais commencer ma valise, comme ça j’ai toute l’après-midi pour faire le reste.

9h31 : Ah oui mais faudrait commencer à sortir le reste des affaires d’été avant.

9h32 : Ah ça c’est parfait pour aller à la plage ! Hop, sur le tas « à repasser » !

9h33 : Putain je l’avais oublié ce truc, ça me va encore ?

9h34 : Visiblement non.

9h35 : Ah mais attends, j’ai pris du poids, putain ! Bon, pas le choix, il faut que j’essaie et que je trie… (Tu l’as repérée, la décision de merde ? Moi aussi, à l’instant où je l’ai énoncée…)

9h45 : Cette robe que mes copines m’ont fait acheter, elle est trop courte ou pas ? Je veux dire, si je reste debout on ne voit presque pas ma culotte… Bon ok, sur le
tas « bof ». Quoique, en tunique elle est très bien…

10h05 : La petite robe léopard, c’est too much ? Je l’ai mise une seule fois, à l’étranger, c’est dire si j’assume. Mais elle est trop belle. William Carminola, si tu passes par là, help !

10h25 : J’ai beau chercher, je ne rappelle aucun épisode dépressif l’été dernier. Et c’est bien ce qui m’inquiète, car, vu les robes de communiante que j’ai achetées, il y en a forcément eu un.

10h45 : Ça je suis sûre qu’en le customisant un peu… Je vais faire un tas « à coudre », tiens. (Ce tas, il n’a jamais vu un fil et une aiguille de sa vie, mais je le fais à chaque fois, envahie d’une folie créatrice qui ne dépassera jamais le stade de l’idée fugace).

11h05 : Il y en a partout, des tas. Dont un « à vendre si jamais il y a un vide grenier cet été ». Ah mais au fait, il reste des fringues dans les cartons de la chambre d’à côté !

11h15 : J’ai donc vidé un carton, annexant du même coup la seconde chambre et le couloir. Les choses sont en train de prendre un tournant dangereux. Pourtant, à cet instant, dans ma tête je me pense encore capable d’en finir dans la matinée.

11h55 : Bien, il ne me reste plus qu’à ranger.

11h56 : Mais d’abord on va manger.

13h30 : Bon, je disais donc : il ne reste plus qu’à ranger.

13h31 : Pour ça il faut que je vide les fringues d’hiver. Ça tombe bien j’ai libéré des housses.

13h32 : Ouais mais autant faire du tri, c’est trop con sinon.

13h50 : Putain mais ça rentre pas dans la housse !

14h30 : Bon, les pulls de l’Homme maintenant. Celui-là même qui m’a dit que j’en avais pour la journée avec mes conneries, le rustre.

14h50 : Ok. C’est le moment déterminant : celui où je suis assise sur le lit et où j’observe successivement les armoires et les tas pendant un long moment, élaborant mentalement des stratégies de rangement pratique et efficace. Je suis au milieu d’un chaos indescriptible, on dirait qu’une tornade a traversé la pièce, mais si tout se passe bien quand je sortirai de mes réflexions chaque chose aura une place.

15h05 : Le verdict est sans appel : il faut tout virer des placards et tout ranger comme il faut.

16h30 : Mes vêtements ont pour la plupart trouvé leur place. Passons aux siens.

17h00 : J’ai fait des tas pour m’y retrouver et lui faire un rangement tellement pratique que c’est l’armoire qui lui proposera une tenue le matin.

17h45 : Presque fini. Mais du coup pour bien faire il faudrait jeter un œil dans les tiroirs…

17h50 : C’est bien ce que je pensais, ça ne va pas. Je les vide.

18h15 : Non mais quelle mauvais langue ce mec, genre je ne serai jamais prête demain matin ! Quelle ingratitude !

18h45 : Ah toi aussi t’as faim ? Bon, un casse-croûte-apéro rapide, mais après je m’y remets.

20h00 : Plus faim.

20h30 : Quelques babioles trainent encore mais globalement j’ai fini. Je suis trop forte.

20h50 : Je déteste le repassage… Heureusement le téléphone sonne !

21h20 : Bon, du coup je ne repasse que ce que j’emmène, hein.

21h40 : La valise est là, vide et offerte. Je peux commencer à faire mes tas de choses à prendre.

21h50 : Si jamais on va marcher, hein ? Je prends une tenue « rando » (je ne vois pas ce qui vous fait rire, franchement.)

21h55 : Bon, voyons voir les robes que j’ai étalées… Hum… je dirais : sandales blanches et sandales marron. Mais je prends aussi les compensées, on ne sait jamais.

22h00 : Le gilet marron au cas où il fasse frais le soir… ah mais il ne va pas avec celle-là. Je prends le noir aussi.

22h05 : Et quel haut je prévois pour mettre avec mon jean ? Bon, ces trois-là, j’aurai du choix comme ça. Et celui-là, après tout ça ne prend pas de place, hein.

22h10 : Tous ces hauts ne se portent pas avec le même soutif.

22h15 : Et toutes ces robes ne tolèrent pas les mêmes sous-vêtements.

22h20 : Je mets quoi comme colliers pour aller avec ?

22h35 : Bon il faut que je prenne des draps, des serviettes, ma trousse de toilette… Je vais laisser une place pour mon oreiller, tiens, je préfère.

22h50 : L’Homme veut aller se coucher. Bon, ça va, j’ai fini, il reste juste le sac de plage à préparer.

23h05 : Ah ouais mais du coup, si on va marcher, il faut un sac à dos, non ?

23h40 : Fini ! Enfin je pense. Je jette un œil à la check-list : ordinateur, chargeur, chargeur téléphone, chargeur appareil photo… Ça me semble pas mal.

23h41 : Putain mais j’ai pas de vernis aux pieds !

23h42 : D’abord j’ai un élastique à recoudre.

23h55 : Bon je vais lui laisser une cuisine rangée, au moins.

00h35 : Passons au vernis.

00h45 : J’ai sommeil. Mais il faut faire une seconde couche…

Bilan : je me suis couchée à 1h30 du matin.

valiseVoilà, sous vos yeux ébahis j’ai mis très exactement une quinzaine d’heures à préparer une valise pour un séjour de 4 malheureux jours. Et quand je dis une valise… Si vous avez eu la patience de tout lire, vous avez compris que j’ai pris assez d’affaires pour 15 jours, au bas mot. Sachant que pour traîner sur la plage un paréo ça suffit largement. C’est officiel je suis fêlée.

Mais je tiens tout de même à finir sur du positif, car après tout je suis incurable, donc autant tirer un ou deux avantages de cet état de fait. Ma copine m’a trouvée vachement organisée, parce que j’avais tout ce qu’il faut pour la rando (que nous avons faite, oui, oui !) (je vous raconterai). Et à mon retour force est de constater que les armoires sont super bien rangées.

Prochainement, j’envisage d’installer le bureau et de sortir enfin mes livres des cartons. Ça promet.

Mignonne, allons voir si la rose…

Je n’ai aucun problème avec mon âge. D’ailleurs je fêterai bientôt mes 25 ans pour la cinquième année consécutive… Autant dire que je ne me sens absolument pas concernée par la trentaine. 

rose_pierre_de_ronsard

Ma copine L. m’a promis qu’en 2013 on se soûlera si bien que je m’endormirai la veille de mon anniversaire, pour me réveiller le lendemain du jour qui, du coup, n’aura jamais existé. Elle est adorable. (Ou elle fait ça en prévision de sa propre date à bannir, qui arrivera immanquablement l’année suivante. Mais ne faisons pas de mauvais esprit.) Tiens, d’ailleurs, aujourd’hui, elle m’a sorti de vieilles photos de nous, prises il y a environ une dizaine d’années (aie!). De merveilleux souvenirs sur papier glacé. Adorable? Mouais.

Déjà, en temps normal, quand je me regarde dans le miroir je vois bien que j’ai ramassé un minimum. Je n’en suis pas à voir ma mère non plus, mais disons que j’en suis déjà au stade où je prie pour que ça n’arrive pas. Tout ceci est une chose, mais avoir sous les yeux une photo d’il y a dix ans pour mesurer l’étendue des dégâts en est une autre. Mieux vaut éviter, ou à défaut se préparer psychologiquement au choc avant. Là j’ai été prise par surprise, et je me suis retrouvée dans la cuisine de ma copine avec mon moi d’avant dans une main (tremblante), et mon moi de maintenant reflété sur la fenêtre en face. Le constat fut accablant.

Je vais essayer de vous faire une brève réunion de chantier:

– La miss Tournesol de 17 ans ne dormait que trois heures par nuit (et elle était crevée) et ne se maquillait jamais. Mais force est de constater qu’aucune cerne ne venait souligner un oeil dont les paupières étaient encore implantées bien haut sous les sourcils. Et pourtant l’angle de la photo ne devrait pas pardonner la moindre petit ombre naissante. Ce qui est profondément injuste c’est que je me foutais complètement de ressembler à Droopy au petit matin, que je ne faisais aucun effort pour paraître fraîche, qu’il était trois heures du matin et donc que je venais très certainement de fumer un paquet entier de Camel (ou de sniffer de l’aspirine… ouais, ça va, c’est arrivé une fois, j’ai jamais dit qu’on était intelligent ado, et puis d’ailleurs c’est pas
le propos)
.

Aujourd’hui je suis une grande fille, je fais un peu attention à mon apparence, j’ai découvert l’anticerne… Mais si je dors moins de douze heures les gens me regardent d’un oeil inquiet. « Ouh! T’as sommeil, toi! » « Oh ta gueule! ». S’ajoutent, mais est-il besoin de le préciser, de petites mais prometteuses ridules marques de sagesse qui n’attendent plus que je sourie pour apparaître.

– La miss Tournesol de 17 ans avait un teint de pêche, toujours sans maquillage, sans sommeil, avec tabac, sans cosmétique aucun et presque sans protection solaire (et là je passe sur le sujet douloureux du bronzage caramel quasi instantané…).

Aujourd’hui je me suis engagée dans une relation durable avec Estée Lauder, qui exige constance et fidélité. Car chaque fois que je suis partie en retard au boulot, pas maquillée, à cause d’un réveil difficile (autrement dit les jours où justement j’aurais eu le plus besoin de me ravaler la façade), j’ai eu droit à l’implacable : « Ça n’a pas l’air d’aller? T’es malade? » « Non, je suis naturelle et je t’emmerde! ».

La miss Tournesol de 17 ans pose, inconsciente, devant l’objectif qui est encore relativement bienveillant à son égard. Elle est si insouciante et ignorante des enjeux qui naîtront quelques années plus tard qu’elle ose la tête légèrement penchée vers l’avant (un doigt sur sa bouche aux lèvres étonnamment plus pleines que les miennes, mais passons…). Injustice suprême : la peau de son cou reste sagement collée à sa mâchoire inférieure.

Aujourd’hui, vous l’aurez compris, c’est là que le drame se joue : le double menton. C’est congénital, donc à part lancer un appel d’offres et démarrer des travaux je ne peux pas faire grand chose. Mais j’ai perdu mon innocence, et lorsque je vois un appareil, si je ne le fuis pas carrément, je m’efforce de lever la tête pour éviter les inutiles séances de « A – E – I – O – U » articulés à l’extrême que la découverte d’une photo prise dans un moment d’inattention ne manquera pas de provoquer. Et je ne parle même pas de pencher la tête sur le côté pour la jouer faussement mystérieuse, car la loi de la gravité est formelle : une masse subit fatalement une force d’attraction vers le sol selon un vecteur perpendiculaire à celui-ci (toute mes excuses aux vrais scientifiques…).

Voilà, en résumé, je suis bien dans ma peau, je suis paix et amour, et c’est mon quatrième jour sans cigarette.