La Fontaine de Vaucluse, ou l’âme de la source

Dans l’article précédent, je vous parlais de la Fontaine de Vaucluse, lieu que j’aime par-dessus tout. J’ai parlé de la découverte de l’endroit et de ses secrets géologiques, ce qui en fait ne lui rend pas totalement grâce. Car, s’il est vrai que les mystères de la source est un sujet intéressant, il faut, pour vous expliquer la beauté du lieu, vous parler de son âme.

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La Fontaine de Vaucluse, anciennement Vallis Clausa (ce qui a donné son nom au département), est avant tout un lieu vivant, une terre de magie. On pense d’ailleurs qu’elle fut un lieu de culte dès l’Antiquité : des pièces de monnaie ont été retrouvées dans le gouffre, et l’on sait que l’église du village a été bâtie sur les ruines d’un temple païen.

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La légende elle-même le dit, il y une âme dans cette source : « Parti pour faire danser les filles de l’Isle sur la Sorgue, le vieux ménétrier Basile s’endormit à l’ombre un chaud jour, sur le chemin de Vaucluse. Apparut une nymphe qui, belle comme l’onde claire, prit la main du dormeur et le conduisit au bord de la vasque où s’épanouit la Sorgue. Devant eux, l’eau s’entrouvrit et les laissa descendre entre deux murailles de liquide cristal au fond du gouffre. Après une longue course souterraine, la nymphe, au milieu d’une souriante prairie semée de fleurs surnaturelles, arrêta le ménétrier devant 7 gros diamants. Soulevant l’un d’eux, elle fît jaillir un puissant jet d’eau. Voilà, dit-elle, le secret de la source dont je suis gardienne pour la gonfler je retire les diamants, au septième, l’eau atteint  » le figuier qui ne boit qu’une fois l’an » et elle disparut en réveillant Basile. »

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Accroché à la roche, « le figuier qui ne boit qu’une fois l’an »

Après une marche d’une dizaine de minutes, on arrive au pied d’une falaise impressionnante. À ses pieds, la source. Selon les saisons, vous verrez simplement l’eau déborder du gouffre et verser sur le chaos des rochers, ou vous verrez un grand creux dans la roche, et, au fond, une eau claire au milieu de laquelle vous distinguez le cercle noir du gouffre à proprement parler. Vous pourrez y revenir mille fois, vous ne la verrez pas deux fois pareille, la fontaine.

 

Au niveau le plus bas (source photo : wikipédia)

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Lorsque le figuier boit.

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Peut-être ferez-vous partie de ceux qui redescendent en marmonnant « ouais, c’est un trou avec de l’eau, quoi… ». Alors vous n’aurez rien compris, mais peu importe puis qu’on n’entend que si on écoute, finalement. Ou alors, vous serez saisis d’un léger vertige, et vous sentirez vaguement qu’il y a quelque chose de très spécial en cet endroit. Vous resterez un long moment assis à contempler cette eau cristalline, tâchant d’occulter la nombreuse assemblée de touristes qui vous entoure. C’est l’inconvénient du lieu, mais après tout on ne peut blâmer personne de venir jusqu’ici.

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Peut-être aurez-vous la chance de la découvrir un jour de calme, à la faveur de l’hiver ou de la nuit tombée. Et là… le vertige sera si grand qu’il risque fort de vous réveiller, la nuit suivante. Comment vous décrire la fontaine ? C’est une âme féminine, nichée dans ce creux qui n’est pas sans évoquer le giron maternel, dont la présence vous enveloppe et dont le silence résonne fort en vous, formant parfois, si vous l’écoutez bien, des mots puissants. C’est tout à la fois écrasant et apaisant. C’est indescriptible. Vous fermerez les yeux, peut-être, vous lui parlerez en silence, probablement, vous ferez un vœu, à n’en pas douter.

Et, lorsque vous la quitterez, ce sera à regret. Mais une petite voix au fond de vous lui dira « je reviendrai ». Cette voix, c’est celle avec laquelle la source aura conversé : votre cœur d’enfant, celui qui croit en la magie, celui qui parle à une eau claire car il entend son murmure, celui qui vous dit de vous taire un moment devant ce spectacle, celui qui vous fait fermer les yeux pour mieux vous imprégner du lieu. Celui qui vous fera sentir à quel point cet endroit est spécial, à quel point cet endroit est sacré. Si vous l’écoutez, alors il ne fait aucun doute que vous y reviendrez.

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Découvrir la Fontaine de Vaucluse

Aujourd’hui je vous emmène en balade pour vous faire découvrir ce qui est sans doute mon endroit préféré sur terre. Rien que ça, oui ! Depuis toute petite, j’y vais régulièrement, à l’époque une dizaine de fois par an, aujourd’hui beaucoup moins puisque je m’en suis un peu éloignée, mais l’émerveillement reste intact. Comme j’y suis retournée le week-end dernier avec Mister T. pour notre dixième anniversaire, c’est l’occasion de vous en parler.

Cet endroit, c’est un lieu magique : la Fontaine de Vaucluse.

Pour ceux qui ne connaissent pas, nous sommes à moins d’une heure d’Avignon, près de l’Isle sur Sorgues, sorte de Disneyland des antiquaires. La Fontaine, c’est la source de la Sorgues. Mais pas une banale source : la plus importante de France, l’une des plus importantes du monde par son débit d’eau. C’est aussi à ce jour la source la plus étudiée au monde.

Car la Fontaine n’a toujours pas livré ses secrets. On peut lire dans le Guide des Merveilles de la Nature  de F. Roger : « Un siècle d’exploration à tenter d’éclaircir son mystère n’aura pas suffi. (…) Qui peut dire où s’arrête le gouffre ? (…) Le parcours du réseau souterrain, son écoulement régulier (…) demeurent une énigme.»Le commandant Cousteau lui-même y a plongé à plusieurs reprises. Récemment, une équipe de plongeurs a réalisé une prouesse, qui a donné naissance à une visite virtuelle du gouffre, accessible librement.

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Lorsqu’on laisse les échoppes à touristes derrière soi, on entame une courte montée vers la source. On s’arrête mille fois pour regarder l’eau limpide, qui invite au calme, à la lenteur. Le plus souvent, elle disparaît à mi-chemin, et on ne distingue plus qu’un chaos de rochers qui laissent deviner la puissance de l’eau en période de fort débit. Puis on arrive au pied de la falaise, écrasante. Et on découvre le fameux gouffre à ses pieds. J’en parlerai plus longuement, car on ne peut vraiment le décrire sans parler de son âme, ce que je ne manquerai pas de faire.

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En redescendant, on s’arrête pour admirer la roue à aube, qui alimente le Moulin à Papier. Là, on entre dans la fabrique, qui produit du papier selon les mêmes procédés qu’au XVème siècle. On reste accoudé un long moment à regarder le mécanisme de la roue, puis cet homme qui puise dans une gigantesque bassine une pâte blanche qu’il transforme en feuille incrustée de fleurs séchées. Puis on passe un long moment à lire quelques-uns des centaines de poèmes imprimés dans la boutique.

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Surplombant le site, les ruines du château des évêques de Cavaillon. On y accède par un sentier accidenté, mais la vue en vaut la peine.

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Et si jamais le soir vous surprend, fatigués, les yeux pleins de soleil et le ventre creux, j’ai une adresse qui est un peu ma madeleine de Proust : l’Hostellerie du Château. La déco n’est pas très moderne, mais on dîne au-dessus de l’eau, et surtout on mange vraiment très bien. J’ai même l’impression, mais je peux me tromper, que les menus sont sensiblement les mêmes qu’il y a vingt ans… Parfois, l’immuabilité a du bon.

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* source