Pas qu’une mère?

Cela fait neuf longs mois que je n’ai pas écrit ici. Une bonne partie de ma deuxième grossesse et la naissance de mon fils m’ont tenue encore une fois éloignée de ce blog que je voulais un espace juste à moi. Comme après la naissance de ma fille, l’envie revient doucement. L’envie d’être un peu moi, et pas seulement leur maman. L’envie de tout changer ici, comme si ce « moi » n’était plus tout à fait le même, encore une fois.

Partout l’image de la femme indépendante est mise à l’honneur. On nous le rabâche sans cesse : nous ne sommes pas que des mères. Facile ? Pas pour moi. La grossesse, les premiers mois de bébé, ces périodes à la fois compliquées et pleines de joie m’accaparent totalement. Je ne lis plus, je ne m’occupe pas de moi, je n’écris que sur la maternité. Et puis, ma tête s’ouvre un peu, et je recommence à penser à moi. Mais pas tant que ça.

Ces dernières semaines, j’ai voulu me retrouver un peu, et rien que le fait d’en avoir besoin est un grand pas en soi. Mon fils a quatre mois, il est temps de reprendre une activité. Oui mais voilà, je travaille avec mon mari. Ce qui est un choix, pleinement assumé et que je ne regrette pas. Simplement, pas facile de se dire que je n’ai pas grand-chose à moi. La « maman de », la « femme de », je suis où dans tout ça ?

Oh, je ne me plains pas. Mon mari et mes enfants sont les amours de ma vie, ce qui compte le plus à mes yeux. J’ai de la chance d’aimer autant et d’être aimée comme ça. J’ai juste envie d’avoir un petit espace à moi. Juste à moi. Ecrire, c’est ma bulle d’air, même quand je ne parle que de bébé. J’ai trop peu de temps à y consacrer, mais chaque heure à écrire est une heure précieuse.

Aujourd’hui, je suis juste un peu triste, je me sens un peu à l’étroit. Ce devrait être un jour plein de joie. On a remarqué un de mes articles, il s’affiche sur la première page du site du Huffington Post. Rien que ça. Un encouragement extraordinaire, le genre de nouvelle qui me donne des ailes. Oui mais voilà, aujourd’hui d’autres considérations plus terre à terre ont pris le pas sur la joie. De l’inquiétude, de l’abattement, et cette jolie nouvelle est reléguée au second plan. Il serait injuste de dire « comme moi, finalement ». Mais c’est un peu ce que je ressens.

Peu importe, ça passera. En attendant je vais renouer un peu avec moi, tâcher de voir si j’existe encore. Je me suis lancée un défi en essayant une activité un peu spéciale, dont je reparlerai si toutefois je n’abandonne pas au bout de deux semaines. Je vais ouvrir un livre, je peine à croire que j’ai pu m’en passer si longtemps. Je vais réinvestir ma bulle un peu, au moins de temps en temps.

Bilan de l’année 2014

J’ai conclu la rétrospective de l’année 2013 en disant que, selon moi, il faudrait poser des jalons en 2014, semer des graines qui germeraient plutôt l’année suivante. Je ne m’étais pas tellement trompée, les graines ont effectivement tardé à germer. J’espérais quelques retombées des efforts passés, tout de même. Ce ne fut pas trop le cas malheureusement. Quand j’ai écrit « En 2014, il faut définir un cap, et tenir bon. », je n’imaginais pas résumer mon année à venir en une phrase. Et pourtant… Cette année encore, j’aurais du mal à faire une rétrospective chronologique, mais faisons tout de même un retour sur cette année 2014.

Quand je cherche ce qui a dominé cette année, ce qui me vient en premier n’est pas très positif : fatigue, malchance, épuisement, problèmes financiers. C’est vrai que nous n’aurons pas été épargnés cette année, et que nous avons même eu peur d’avoir carrément le mauvais œil. Normalement, j’essaie de voir le positif en chaque chose, et je crois profondément à la pensée positive et à la loi d’attraction. Mais pendant un temps j’ai perdu pied, et l’accumulation d’ennuis en tout genre m’a fait voir les choses en noir. Il faut dire qu’à chaque problème résolu, ou en passe de l’être, un nouveau nous tombait dessus. Côté boulot, l’Homme s’est débattu avec des retards de livraison, des petits problèmes de santé, des soucis mécaniques, et quand nous pensions avoir rattrapé le retard un nouvel ennui venait en rajouter. Côté vie de famille, difficile de trouver un rythme après des mois de crises nocturnes, avec un bébé toujours en demande, et l’épuisement qui n’aide pas à s’en sortir. C’est sans doute exagéré, mais en 2014 nous avons eu l’impression que le sort s’acharnait, de ne pas parvenir à reprendre notre souffle entre deux pépins, qui s’accumulaient encore et encore. 2014 nous a épuisés.

Heureusement, tout n’a pas été si noir cette année. Côté boulot, on peut dire que l’activité de l’Homme s’est bien développée, et nous avons souvent constaté qu’il s’est forgé une bonne réputation. Ses clients sont ravis, ils refont appel à lui ou lui envoient du monde, la demande est là, bref c’est réellement encourageant. Quant à moi j’ai pu commencer à l’aider, et cela m’a vraiment sauvée de la déprime après un an à rester à la maison. J’ai adoré passer des heures le pinceau à la main, seule, à faire quelque chose d’utile qui laisse mon esprit s’aérer un peu. Côté bébé, il y a eu un réel changement dès le mois de janvier, j’ai commencé à la faire garder, bref c’était un peu plus léger. En septembre, pendant les vacances de la nounou, j’ai passé une semaine sympa avec ma fille, qui m’a réconciliée avec l’idée d’un deuxième bébé. 2014 nous a un peu encouragés.

Et puis, forcément, le plus marquant… Ce deuxième enfant dont on a tant parlé, que j’ai tant hésité à faire. Puis ces conversations qui m’ont apaisée. Et cette décision un peu folle, pas très réfléchie, un jour de septembre. Et me voilà qui termine l’année enceinte de trois mois, déjà bien arrondie. Il y a eu cette échographie, fin novembre, qui en une demie-heure nous a rappelé l’essentiel et a balayé les petits soucis, qui ne sont pas dramatiques, au fond. L’accumulation nous a empêchés de relativiser, un petit bébé qui s’est frotté les yeux devant nous a réussi à nous faire comprendre que l’essentiel nous l’avons. Cela a remis les choses en place, et c’était nécessaire. 2014 nous a fait un joli cadeau pour se faire pardonner.

Définir un cap, et tenir bon. Mille fois nous avons voulu tout plaquer, changer encore, rendre les armes. Mais nous avons tenu bon. Parce que cette vie, nous l’avions voulue tellement. Alors nous avons traversé cette année qui nous a malmenés, difficilement, mais nous y sommes arrivés. 2014 serait l’année du Soi, disais-je l’année dernière. Si cela signifie qu’il fallait choisir ce qui nous correspondait réellement, et ne pas en démordre malgré tout ce qui nous poussait à lâcher, alors oui, 2014 a été l’année du soi. Comme si la vie nous tapait sur la tête : « tu veux ça, tu es sûr ? » Plus fort, « tu es sûr ? ». Je ne sais pas, cela peut sembler étrange, je prône sans cesse la remise en question en temps normal.

Quant à 2015… L’année où les graines vont germer, j’en suis toujours aussi convaincue. C’est une année qui verra nos efforts récompensés, enfin. Une année plus légère, sans cette sensation de lenteur. 2015 sera l’année de la récolte. Cela peut être à double tranchant : ce que nous avons semé, le bon comme le mauvais, verra le jour cette année. Je crois que pour certains cela sera difficile.* Je crois que pour ceux qui ont mis en place des choses qui leur correspondent, qui sont justes, il y aura de bons résultats. En tout cas c’est ainsi que je ressens cette année. Une année de guérison, en quelque sorte.

Quoi qu’il en soit, en ce qui nous concerne, une petite graine plantée en 2014 va voir le jour en 2015. Il y aura donc forcément beaucoup de lumière pour nous cette année.

En 2015, je vous souhaite de récolter de belles pousses, de jolies fleurs, de grands arbres fruitiers.

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Et pour un petit retour en images sur cette année 2014, c’est par ici !

* Cet article a été écrit début janvier, avant les événements que l’on connaît et sur lesquels je ne reviendrai pas, puisque je me refuse toujours à parler d’actualité ici. Néanmoins, pour reprendre la phrase de ma copine Laurie, je n’en garde pas moins l’espoir pour les mois à venir.

Une rencontre

Mars 2012. J’avais installé Analytics sur mon premier blog. J’ai dit à mon homme : « Regarde, j’ai quelqu’un qui me lit depuis l’Irlande! ». Peu de temps après, un commentaire, puis deux, puis une découverte. Une jeune femme toute douce qui écrit divinement bien.

Août 2012. Au détour d’un mail, je lui demande « tu ne serais pas enceinte, toi? ». Réponse quelques semaines plus tard : oui, toi aussi? Moi aussi.

Février 2013. Je reçois un mail de sa meilleure amie, ça y est, le miracle est arrivé. Un petit prince est né le jour où l’on célèbre l’amour.

Avril 2013. Elle reçoit un texto qui l’avertit de l’arrivée de la princesse, elle me répond mille souhaits de bonheur.

Et on s’écrit, et on s’écrit… Et on se dit qu’on va se rencontrer. Et on s’appelle, une fois, timides, puis deux, puis trois. Et une date est fixée.

Vendredi 8 août 2014. Voilà, on y est. Le train arrive, je vois de loin une silhouette descendre du train, avec un petit garçon dans les bras. Après plus de deux ans d’échanges, elle est là. C’est un peu étrange. Arrivées à la maison, je lui présente l’Homme, on est tous un peu intimidés je crois. Mais quand je vois nos deux bébés se rencontrer, je me dit enfin!.

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Parce que Marie, c’est une belle rencontre, c’est une belle personne, et nos enfants sont presque nés en même temps. Marie, c’est le talent, la gentillesse et la douceur. Marie, c’est la résilience, le courage, les mots salvateurs, le soutien précieux. Marie, c’est devenue une amie.

Lundi 11 août 2014. J’ai envie de pleurer sur le quai, comme une conne. Elle reviendra, va, pleure pas… Alors je sors le pas léger, je suis heureuse. Ces trois jours sont passés trop vite, et les deux loulous nous ont laissé peu de temps, mais une chose est sûre : ce n’est qu’un début. C’est étrange, passé un petit instant de flottement, tout est devenu naturel. Parler, rire, comme si on l’avait toujours fait. Et, au fond, ça fait un moment qu’on se connaît, la rencontre n’était qu’une formalité.

Encore une fois, l’histoire prouve que, parfois, derrière l’écran on trouve des pépites. Elles sont plutôt rares et infiniment précieuses. On dit de notre génération qu’elle ne communique plus, parasitée par le virtuel. Que pour la génération suivante ce sera pire. Je ne le crois pas. Je crois qu’au contraire, on s’ouvre à des rencontres qu’on n’aurait pas fait autrement, le plus souvent à cause d’un éloignement purement géographique. J’en ai parlé ici, deux de mes meilleures amies ont été rencontrées sur internet. Elles ont lu un texte et dansé à mon mariage. Elles sont là, toujours, dans les bons et les mauvais moments. Elles sont bien moins virtuelles que certaines personnes qui vivent à côté de moi. L’une d’entre elles vient me voir très bientôt d’ailleurs, et j’ai hâte.

Tout ça pour dire : ouvrez les yeux, parfois ça brille un peu. Et, si on creuse, on peut découvrir quelque chose de très précieux.

Et si vous aussi vous voulez découvrir Marie, allez vite lire ses jolis mots par ici !

La Fontaine de Vaucluse, ou l’âme de la source

Dans l’article précédent, je vous parlais de la Fontaine de Vaucluse, lieu que j’aime par-dessus tout. J’ai parlé de la découverte de l’endroit et de ses secrets géologiques, ce qui en fait ne lui rend pas totalement grâce. Car, s’il est vrai que les mystères de la source est un sujet intéressant, il faut, pour vous expliquer la beauté du lieu, vous parler de son âme.

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La Fontaine de Vaucluse, anciennement Vallis Clausa (ce qui a donné son nom au département), est avant tout un lieu vivant, une terre de magie. On pense d’ailleurs qu’elle fut un lieu de culte dès l’Antiquité : des pièces de monnaie ont été retrouvées dans le gouffre, et l’on sait que l’église du village a été bâtie sur les ruines d’un temple païen.

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La légende elle-même le dit, il y une âme dans cette source : « Parti pour faire danser les filles de l’Isle sur la Sorgue, le vieux ménétrier Basile s’endormit à l’ombre un chaud jour, sur le chemin de Vaucluse. Apparut une nymphe qui, belle comme l’onde claire, prit la main du dormeur et le conduisit au bord de la vasque où s’épanouit la Sorgue. Devant eux, l’eau s’entrouvrit et les laissa descendre entre deux murailles de liquide cristal au fond du gouffre. Après une longue course souterraine, la nymphe, au milieu d’une souriante prairie semée de fleurs surnaturelles, arrêta le ménétrier devant 7 gros diamants. Soulevant l’un d’eux, elle fît jaillir un puissant jet d’eau. Voilà, dit-elle, le secret de la source dont je suis gardienne pour la gonfler je retire les diamants, au septième, l’eau atteint  » le figuier qui ne boit qu’une fois l’an » et elle disparut en réveillant Basile. »

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Accroché à la roche, « le figuier qui ne boit qu’une fois l’an »

Après une marche d’une dizaine de minutes, on arrive au pied d’une falaise impressionnante. À ses pieds, la source. Selon les saisons, vous verrez simplement l’eau déborder du gouffre et verser sur le chaos des rochers, ou vous verrez un grand creux dans la roche, et, au fond, une eau claire au milieu de laquelle vous distinguez le cercle noir du gouffre à proprement parler. Vous pourrez y revenir mille fois, vous ne la verrez pas deux fois pareille, la fontaine.

 

Au niveau le plus bas (source photo : wikipédia)

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Lorsque le figuier boit.

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Peut-être ferez-vous partie de ceux qui redescendent en marmonnant « ouais, c’est un trou avec de l’eau, quoi… ». Alors vous n’aurez rien compris, mais peu importe puis qu’on n’entend que si on écoute, finalement. Ou alors, vous serez saisis d’un léger vertige, et vous sentirez vaguement qu’il y a quelque chose de très spécial en cet endroit. Vous resterez un long moment assis à contempler cette eau cristalline, tâchant d’occulter la nombreuse assemblée de touristes qui vous entoure. C’est l’inconvénient du lieu, mais après tout on ne peut blâmer personne de venir jusqu’ici.

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Peut-être aurez-vous la chance de la découvrir un jour de calme, à la faveur de l’hiver ou de la nuit tombée. Et là… le vertige sera si grand qu’il risque fort de vous réveiller, la nuit suivante. Comment vous décrire la fontaine ? C’est une âme féminine, nichée dans ce creux qui n’est pas sans évoquer le giron maternel, dont la présence vous enveloppe et dont le silence résonne fort en vous, formant parfois, si vous l’écoutez bien, des mots puissants. C’est tout à la fois écrasant et apaisant. C’est indescriptible. Vous fermerez les yeux, peut-être, vous lui parlerez en silence, probablement, vous ferez un vœu, à n’en pas douter.

Et, lorsque vous la quitterez, ce sera à regret. Mais une petite voix au fond de vous lui dira « je reviendrai ». Cette voix, c’est celle avec laquelle la source aura conversé : votre cœur d’enfant, celui qui croit en la magie, celui qui parle à une eau claire car il entend son murmure, celui qui vous dit de vous taire un moment devant ce spectacle, celui qui vous fait fermer les yeux pour mieux vous imprégner du lieu. Celui qui vous fera sentir à quel point cet endroit est spécial, à quel point cet endroit est sacré. Si vous l’écoutez, alors il ne fait aucun doute que vous y reviendrez.

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Découvrir la Fontaine de Vaucluse

Aujourd’hui je vous emmène en balade pour vous faire découvrir ce qui est sans doute mon endroit préféré sur terre. Rien que ça, oui ! Depuis toute petite, j’y vais régulièrement, à l’époque une dizaine de fois par an, aujourd’hui beaucoup moins puisque je m’en suis un peu éloignée, mais l’émerveillement reste intact. Comme j’y suis retournée le week-end dernier avec Mister T. pour notre dixième anniversaire, c’est l’occasion de vous en parler.

Cet endroit, c’est un lieu magique : la Fontaine de Vaucluse.

Pour ceux qui ne connaissent pas, nous sommes à moins d’une heure d’Avignon, près de l’Isle sur Sorgues, sorte de Disneyland des antiquaires. La Fontaine, c’est la source de la Sorgues. Mais pas une banale source : la plus importante de France, l’une des plus importantes du monde par son débit d’eau. C’est aussi à ce jour la source la plus étudiée au monde.

Car la Fontaine n’a toujours pas livré ses secrets. On peut lire dans le Guide des Merveilles de la Nature  de F. Roger : « Un siècle d’exploration à tenter d’éclaircir son mystère n’aura pas suffi. (…) Qui peut dire où s’arrête le gouffre ? (…) Le parcours du réseau souterrain, son écoulement régulier (…) demeurent une énigme.»Le commandant Cousteau lui-même y a plongé à plusieurs reprises. Récemment, une équipe de plongeurs a réalisé une prouesse, qui a donné naissance à une visite virtuelle du gouffre, accessible librement.

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Lorsqu’on laisse les échoppes à touristes derrière soi, on entame une courte montée vers la source. On s’arrête mille fois pour regarder l’eau limpide, qui invite au calme, à la lenteur. Le plus souvent, elle disparaît à mi-chemin, et on ne distingue plus qu’un chaos de rochers qui laissent deviner la puissance de l’eau en période de fort débit. Puis on arrive au pied de la falaise, écrasante. Et on découvre le fameux gouffre à ses pieds. J’en parlerai plus longuement, car on ne peut vraiment le décrire sans parler de son âme, ce que je ne manquerai pas de faire.

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En redescendant, on s’arrête pour admirer la roue à aube, qui alimente le Moulin à Papier. Là, on entre dans la fabrique, qui produit du papier selon les mêmes procédés qu’au XVème siècle. On reste accoudé un long moment à regarder le mécanisme de la roue, puis cet homme qui puise dans une gigantesque bassine une pâte blanche qu’il transforme en feuille incrustée de fleurs séchées. Puis on passe un long moment à lire quelques-uns des centaines de poèmes imprimés dans la boutique.

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Surplombant le site, les ruines du château des évêques de Cavaillon. On y accède par un sentier accidenté, mais la vue en vaut la peine.

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Et si jamais le soir vous surprend, fatigués, les yeux pleins de soleil et le ventre creux, j’ai une adresse qui est un peu ma madeleine de Proust : l’Hostellerie du Château. La déco n’est pas très moderne, mais on dîne au-dessus de l’eau, et surtout on mange vraiment très bien. J’ai même l’impression, mais je peux me tromper, que les menus sont sensiblement les mêmes qu’il y a vingt ans… Parfois, l’immuabilité a du bon.

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Hystérie, couscous et autres réjouissances

Avant (comprenez : avant de mettre bas), j’aimais bien cuisiner. Je ne suis pas le genre de femme qui ouvre son frigo en se disant « tiens, je pourrais faire ça ! », et sort un plat sublime tout droit de son imagination, mais enfin, avec une recette et une liste de courses préparées à l’avance je m’en sors. Et puis, il y a eu l’arrivée de mini tournesol, et mon visage ma cuisine s’est transformée (mon visage aussi, hélas). Depuis, je ne prends plus le temps de cuisiner, puisque cela ne manquera pas de provoquer des hauts cris de ma pauvre petite fille abandonnée.

Et puis, un jour, mardi matin en fait, j’ai trouvé la porte de mon congélateur ouverte. Congélateur plein, ai-je besoin de préciser ? C’est comme la panne de gaz du dimanche soir, la grippe du vendredi 17h, l’épuisement des petits pots du samedi midi. C’est comme ça, on ne flingue jamais un congélateur presque vide. Commence alors l’une des pires après-midi de mon existence. Le compte à rebours était lancé.

Après quelques courses rapides pour avoir de quoi cuisiner l’intégralité des denrées menacées de poubelle, je suis rentrée à la maison,  persuadée de coucher ma fille sans problème et de me lancer dans quelques petits plats mijotés, avec la facilité et la grâce d’une Bree van de Kamp mal peignée. Oui, mais l’univers aurait trouvé tout ceci d’une morosité à crever. Aussi, j’ai eu droit à un bébé hystérique, qui hurle dans son lit alors que d’habitude elle s’endort gentiment pour la sieste (même s’il faut discuter un quart d’heure avec son doudou pour ça).

À un moment, je me suis donc retrouvée au milieu d’une cuisine qu’on aurait pu croire dévastée par les bombes, sans la moindre idée de comment faire, ni par où commencer, avec un babyphone qui braillait son mécontentement. Alors, j’ai fait ce que je déteste faire, j’ai hurlé, j’ai crié sur ma fille, qui avait visiblement décidé de zappé la sieste pile le jour où je ne pouvais pas la gérer, j’ai pleuré, j’ai mis un coup de pied dans une chaise, bref, j’ai craqué. Il faut dire que le contexte des dernières semaines n’est pas toujours heureux, mais passons. Quand ma copine est arrivée, je me suis effondrée dans ses bras, en lui disant « je crois que je me suis cassé le pied ». (à ce moment, vu la douleur et la couleur, ce n’était pas si exagéré que ça).

Quelle chance qu’elle ait prévu de venir me voir pile ce jour-là ! En parlant, une fois les larmes taries, je me suis mise à la tâche. La petite s’était endormie, j’ai repris le contrôle… et là, je suis sortie de mon corps. C’est la seule explication possible. Attendez, asseyez-vous, ça va vous faire un choc. En trois heures environ, sont sortis de mes fourneaux : deux tartes, deux litres de bolognaise, deux bacs d’une sorte de chili con carne mais avec des merguez (si c’est bon je vous donnerai la recette), deux gratins de ravioles, dont un au saumon, une cocotte de bœuf bourguignon, et, apothéose, un couscous. Les gars, jamais de la vie je n’ai fait autant à manger, et jamais de ma vie je n’ai fait de couscous. Rébellion ultime, je n’ai même pas suivi la recette à la lettre, pas le temps. Bree, c’est une grosse nullasse à côté de moi, non ?

Quand mister T. est rentré, ce soir-là, il a dit « hum, ça sent bon », qui lui a valu un regard noir « ben putain, j’espère bien que ça sent bon, t’as une idée de LA JOURNEE QUE J’AI PASSEE ??? ». Le petit mari accueilli comme il se doit, en somme. Le plus beau, c’est quand il a soulevé le couvercle de la cocotte pour goûter la sauce du couscous, malgré mes avertissements répétés. Il m’a tendu un morceau de pain pour que je goûte. Ça avait le goût du couscous. J’ai fait du couscous putain.

Bilan de la journée : je boite carrément, mon pied est violet, mais j’ai réalisé une sorte de rêve : avoir des petits plats préparés par mes soins plein le congélateur, prêts à déguster. Et même du couscous. J’ai dit à l’univers que je lui pardonnais, pour cette fois.

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Saveurs de municipales dans un petit village

On a tous plusieurs madeleines de Proust. L’une des miennes, c’est la vie dans un tout petit village, où tout le monde se connaît, et les conséquence (pas toujours heureuses) que cela implique. L’une d’elles, c’est l’ambiance toute particulière des élections municipales. Aussi, c’est avec délectation que je me suis rendue aux urnes aujourd’hui, et que j’ai assisté à une partie du dépouillement.

Ces élections planent dans l’air depuis plusieurs mois déjà, sur fond de rumeurs et de comportements plus ou moins discutables. C’est qu’il faut savoir que les habitants d’une petite commune dans le style de la nôtre ont beau se connaître depuis des temps immémoriaux et boire l’apéro ensemble depuis trois générations, ils ne s’en tapent pas moins sur la gueule avec enthousiasme, peut-être même avec tendresse, mais ils y vont gaiement. Forcément, le taux de participation est record (plus de 90%), car, lorsqu’on est moins de 250 pébrons à vivre sur une commune, le choix du maire nous impacte assez directement. On est loin de ce qu’on voit aux infos : pas d’étiquette, pas de politique, nos candidats n’ont pas de parti, on élit des hommes, simplement. Au fond, c’est déjà bien, non?

Nous nous sommes installés ici il y a un peu plus de deux ans maintenant, et pour nous ces élections avaient déjà un goût de bataille, preuve sans doute de notre indiscutable intégration dans la vie du village. Car mon homme, artisan de son état, a dû quitter l’atelier loué par la mairie pour cause de divergences majeures avec l’un des élus locaux. Comprenez : un vieux con, qui ne tolère pas qu’un étranger s’installe au village avec autant d’ostentation (atelier, mariage et bébé, tout de même)(ici ça n’arrive pas tous les jours, autant vous le dire, d’ailleurs à partir de 3 gosses on donne ton nom à une rue, t’as qu’à voir). Je dois faire une parenthèse pour les néophytes (les citadins) : un étranger, c’est quelqu’un qui n’est pas né au village, point barre. Un mec né ici, qui se barre toute sa vie et revient pour la retraite, il est du coin. Un mec qui est né dans un bled à 10km, il n’est pas de chez nous. Cherchez pas. Bref, tout ça pour dire que ledit vieux con, qui aimerait sans doute finir sa fini séché, tout seul, au milieu des vieilles pierres du village en ruine, voulait la mairie. Ben voyons. Face à lui, un trentenaire qui a grandi sur la commune, et qui s’y est installé avec sa famille, des gens qu’on apprécie beaucoup. Le choix était vite fait.

Bon, je vous passe les détails des listes à proprement parler, vous imaginez à quel point c’est difficile de monter deux listes complètes avec si peu d’habitants, et à quel point il est compliqué de voter lorsqu’on peut panacher à volonté. L’avantage d’être dans une commune de moins de mille habitants, c’est qu’on peut rayer, barrer, mélanger, faire n’importe quoi en fait. (Sauf faire caca dans l’enveloppe, ce qui est un pas en arrière selon moi, c’était tellement plus fun dans mes souvenirs de se demander qui avait fait ça). Et, s’il n’avait pas été un con fini, j’aurais fait un clin d’œil à mon père en arrivant au bureau de vote avec un stylo autour du cou. Pas besoin de s’en servir, le seul fait de l’arborer peut provoquer un séisme chez les (nombreux) observateurs.

Aujourd’hui donc a pris fin des semaines de fausses informations, de réunions au sommet et de commentaires sans fin sur les programmes trouvés dans la boîte aux lettres (« Non mais quand même, il a pas honte de dire qu’il veut favoriser l’installation des artisans?? »)(véridique). Connaissant très bien la façon dont les choses se passent dans leurs caboches dures comme du bois, j’avais conseillé à l’homme de surtout bien la fermer. Parce que dire du mal de l’un d’entre eux, c’est les insulter tous. Ils ont beau s’abreuver d’insultes, ils restent unis par les liens de la consanguinité. Non, je suis mauvaise, mais j’aurais bien du mal à vous l’expliquer, c’est une mentalité qu’on reçoit dans le biberon. En plus, j’ai l’air de me moquer d’eux, mais la vérité c’est que je me sens comme à la maison quand je les vois se taper dessus, c’est limite rassurant pour moi. Une couverture douillette qui sent bon la maison de famille.

Visiblement nous ne sommes pas les seuls que vieux con a embêté récemment, car je sors à l’instant de chez notre nouveau jeune maire, élu à la majorité absolue, avec 9 membres de son équipe, dès le premier tour. Je pourrais dire que je jubile, mais c’est faux, car la vérité c’est que vieux con me fait de la peine, sa vie est totalement vide, et il n’a même plus de quoi s’occuper, c’est d’une tristesse absolue. Mais passons. On récolte ce que l’on sème, bien souvent.

Ces élections municipales sont pour moi un petit retour en enfance, dans ce village qui m’a vue grandir, avec ce maire dans les bras duquel je sautais dès que je le voyais, avec ces vieux qui restaient assis toute la soirée, pendant la fête votive, mais qui ne rataient rien du spectacle. Ceux-là même qui me faisaient rire en promettant de plastiquer la maison du parisien qui avait eu l’impudence de s’installer chez eux. C’est tout un village qui élevait ses gosses, c’est tout un village que je voyais comme famille. Alors aujourd’hui, quand je suis entrée dans le bureau de vote, ma fille dans les bras, et que nous avons discuté avec tout le monde, toutes listes confondues, j’ai retrouvé cette ambiance qui m’est chère. Et, quand je suis sortie de l’isoloir, et que j’ai vu l’attroupement autour de ma fille, la fière petite habitante du village, la dernière arrivée, qui a même fait sourire vieux con, j’ai senti que la boucle était bouclée. La petite fille fascinée par ce qui se jouait sans qu’elle puisse y prendre part autrement qu’en ouvrant grand les yeux et les oreilles est devenue la femme qui emmène sa fille voter pour élire le maire. Et qui va fêter les résultats avec ceux qui vont forcément marquer les esprits, parce que les maires se succèdent mais ne se ressemblent jamais dans un village. J’ai savouré l’instant, même si la petite fille en moi sait bien qu’au fond, je ne serai jamais vraiment d’ici.

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Rétrospective 2013

J’ai plusieurs fois commencé à rédiger la rétrospective de l’année, je n’ai jamais pu la finir. Pourtant, je tiens à la faire, car c’est une sorte de bilan nécessaire, un jalon posé pour mesurer le chemin parcouru. Il m’arrive de revenir sur celle de l’année 2012, et cela m’encourage à m’y tenir. Mais alors pourquoi je n’y arrive pas ? Je pense qu’il m’est difficile de suivre une chronologie cette année. Ce sera donc un peu différent, à l’image de cette drôle d’année 2013.

Ce fut une année de patience. Des retards dans l’activité de mister T., du repos forcé en fin de grossesse pour moi, l’impression que rien ne bouge, que ça n’avance pas. Le sentiment d’être freinés, comme si nous étions amenés à tout remettre en question, systématiquement. Une année test peut-être, où nous avons dû réaffirmer nos choix, s’y accrocher, garder confiance, mais lâcher prise aussi. Patience aussi face aux premiers mois difficiles de la puce, patience en attendant que chacun prenne ses marques dans une famille toute neuve. En 2013, nous avons trépigné.

Ce fut une année de mise en place. Il a fallu remettre de l’ordre, au sens propre comme au sens figuré. Il a fallu faire des choix, à nouveau. Mise en place d’une clientèle, puis d’un nouvel atelier pour mister T., et surtout mise en place de notre nouvelle vie à trois.  En 2013, nous avons fait du tri.

Ce fut une année de repli. Absorbés par cette petite princesse, absorbés par les difficultés matérielles, absorbés par un retard de travail inquiétant, nous avons moins décroché le téléphone. Certains n’ont pas compris, d’autres n’ont de tout façon pas pris la peine de nous suivre dans notre nouvelle vie. Un enfant, ça rapproche, mais ça peut aussi faire du vide. Peu importe, c’est une année de tri, ceux qui nous aiment sont restés. En 2013, nous nous sommes sentis un peu isolés.

Ce fut une année de deuil. Il y a eu beaucoup de départs autour de nous, certains plutôt prévisibles, d’autres carrément brutaux. Une visite éclair, un sourire de ma fille à une aïeule qu’elle n’aura vue qu’une seule fois, une maison dont j’entends parler depuis des années et que je découvre enfin, avant qu’elle soit vidée. En 2013, nous avons pleuré.

Mais surtout, ce fut l’année qui a changé nos vies à tout jamais. Le 12 avril, au petit matin, on posait ma fille sur ma poitrine. Un moment magique, le temps suspendu. Une journée à contempler ce miracle, silencieux, stupéfaits, bouleversés, émerveillés. Le retour à la maison, les mille détails que l’on découvre, les mille photos que l’on fait, les mille sourires, les mille larmes de joie, mais aussi de fatigue, et de peur un peu. Les premiers sourires, les premiers rires, les premières cuillères, jusqu’à notre premier vrai Noël. L’apprentissage. Pas le sien, le nôtre. Celui d’être parents. En 2013, nous avons aimé.

Ce fut une année au ralenti, une année compliquée, une année de doutes. Mais, malgré tout, 2013 restera à jamais l’année où nous avons formé une famille, celle où ce petit être fragile a tout changé. S’il ne devait rester qu’une image de cette année, je garderais ces deux petits yeux bleus qui s’ouvrent, ce regard qui se plante dans le mien, et qui semble contenir l’univers tout entier.

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Quant à l’année qui commence, je l’espère plus surprenante. Je crois qu’elle sera encore une année de mise en place et de choix, mais j’espère qu’elle amènera tout de même quelques changements, quelques retombés des efforts passés. Je crois qu’il faudra poser des jalons, semer des graines qui germeront surtout l’année suivante. S’adapter, encore, mais uniquement si cela nous convient. En 2014, il faut définir un cap, et tenir bon. 2012 était l’année du Cœur, 2013 pourrait être l’année du nettoyage, 2014 serait l’année du Soi.  Je vous souhaite d’être Vous cette année. Merveilleusement Vous.

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Nouveau départ ?

Si je devais donner un titre à mon été, ce serait sans doute « Quatre enterrements et un mariage ». Pas le meilleur été de ma vie, en somme. Deux personnes sont parties, deux autres se retirent, un rêve s’envole, une page se tourne. Mais une vie est là, toute neuve et pleine d’éclat, et balaye tout le reste. Et deux personnes s’unissent et leur amour pique les yeux. Heureusement, il y a encore de la lumière.

Cet automne, cela fera deux ans que nous sommes installés ici. Depuis toujours, nous avons des cycles de deux ans, et il semblerait que cet endroit n’échappe pas à la règle, et que nous allons finalement lui dire au revoir. J’avais souhaité le quitter pour notre véritable chez nous, mais ce ne sera pas encore pour cette fois. Pourtant, pourtant… Il y a cette maison, cette idée un peu folle…

C’est une maison immense, démesurée. C’est un rêve d’enfant, celui de Mister T. Elle est dans un endroit que je ne pensais jamais pouvoir adopter, et pourtant… C’est le genre de maison qui serait un refuge pour mes petits-enfants, qui voudraient à tout prix la conserver un jour. Qui diraient « Regarde, mon amour, nous y serons bien. Non, ne jette pas cette veille boîte ! C’est celle où ma grand-mère mettait les bonbons qu’elle nous achetait… ». Mais voilà, il va sans doute falloir regarder mon homme en faire le deuil. Parce que lorsqu’une famille toute entière veut en finir avec une maison, on ne peut pas lutter, à moins d’avoir les moyens de l’acheter.

Bref, vous l’aurez compris, pour qu’on envisage de changer de région c’est que la remise en question est de taille. Et, comme souvent, elle se fait plutôt dans la douleur. L’activité de Mister T. connais un franc succès, mais il manque de place et perd du temps, beaucoup trop de temps, ce n’est plus rentable. Ce petit village qui nous accueilli il y a deux ans ne nous correspond plus vraiment. Il faut chercher un ailleurs, encore.

Il y a une solution près d’ici, un grand atelier. Ce qui veut dire que le déménagement dans une autre maison pourra attendre. Pourtant, je sens cette envie de partir, cette envie de changer que je connais bien. Cela me fait peur : arrivera-t-on à se poser un jour vraiment ? J’aime à croire que notre maison « à nous » sera notre point d’ancrage. Quand on n’est pas chez soi, on améliore le moins possible, on ne peut presque rien changer, on s’adapte aux murs. Cette maison de famille, c’était une occasion unique d’être chez nous, de tout changer, tout modeler, de casser, de refaire, de lui donner la forme de notre famille actuelle, de celle à venir. Pour ma fille, j’aimerais tant avoir une maison où nous nous sentons bien tous les trois.

Quoi qu’il en soit, il y a pas mal de questions, pas mal d’inquiétudes, pas mal de lassitude en ce moment. Si j’en avais le temps, j’écrirais beaucoup je pense. J’espère vous raconter bientôt quel chemin nous aurons choisi, quel nouveau départ nous prenons, et à quel point c’est bon de changer. Aujourd’hui, je suis partagée entre ces sentiments négatifs et l’envie de trier, jeter, faire des cartons, cette excitation à l’approche d’un nouveau départ. Parce qu’un déménagement, c’est toujours plein d’espoirs.

Contre nature

Quand j’avais 16 ans, j’ai reçu une leçon aussi magistrale que douloureuse. J’ai appris ce qu’est la pire chose au monde. En réalité, j’y ai assisté. J’ai vu des parents perdre leur enfant. J’ai vu une mère enterrer son fils. À l’époque, je les ai observés, elle et son mari, et j’ai compris que l’on enterrait trois personnes ce jour-là. L’image de ces parents me hantera toujours, je sais depuis que l’ordre des choses est que nous devons partir avant nos enfants, pas l’inverse, jamais l’inverse. C’est totalement contre nature.

C’était mon meilleur ami. Il avait 17 ans, l’âge où l’on est encore immortel, il était bavard et un peu fou, il avait envie d’embrasser cette fille, et il aurait voulu faire un truc spécial pour fêter le passage à l’an 2000. Et puis un truc a grandi dans sa tête, l’a rongé de l’intérieur doucement, si bien que lorsqu’on l’a trouvé il était trop tard. Il m’a fallu des années pour faire plus ou moins son deuil, si tant est qu’on le fasse un jour, et il y a clairement eu un avant et un après sa disparition. Je pense souvent à lui en souriant, parce qu’il me reste les bons moments, les fous rires et les bêtises. Mais aujourd’hui j’y repense avec douleur.

Il y a ces gens adorables rencontrés ici, dont les enfants sont un peu plus jeunes que nous. Leur fils a cette saleté dans le corps. Il est soigné depuis plusieurs mois, mais son état s’est profondément dégradé en à peine deux jours. Les nouvelles sont mauvaises, les chances très minces. Avant-hier je n’ai pas accompagné mon mari lorsqu’il est allé voir les parents, c’était au-dessus de mes forces. Parce que je ne peux pas m’empêcher de superposer leur image et celle des parents de mon ami. Parce que pleurer devant eux ne va pas les aider, loin s’en faut. On a besoin de personnes qui nous tirent vers le haut dans ces moments-là.

Depuis quelques jours, je pense fort à eux, j’ai prié pour que tout rentre dans l’ordre. Il a 25 ans, putain. Je le connais à peine, mais j’ai prié pour lui et pour cette famille, pour que le drame se contente de les frôler, pour que la vie leur semble infiniment plus belle après. Mais depuis hier on sait que l’issue est quasiment certaine, et ce que j’hésite à écrire depuis quelques jours vient cogner trop fort pour que je le garde à l’intérieur. Je ne sais rien de la douleur qui les attend. Je sais juste que ça va les tuer. Et le pire, c’est qu’ils seront encore vivants, après.

Je revois mon ami cet été-là, à peine trois mois avant qu’il parte, lorsque j’ai ouvert ma porte en colère parce qu’il avait deux heures de retard et que je l’ai trouvé sur le palier, souriant, une barquette dans les mains. « Mon chat, ne t’énerve pas, je t’ai apporté des framboises » a-t-il dit, et j’ai ri. Bon sang que t’es con, toi alors… Pour la première fois depuis des années je le pleure à nouveau. Il est clair que d’avoir ma fille me fait ressentir tout ça encore plus violemment. Je me sens de plus en plus mère, et mon ventre se tord de plus en plus à l’idée que quelqu’un puisse perdre un enfant. Ça ne devrait jamais arriver, à personne.

En ce moment mon mari et moi nous heurtons à un ou deux vieux peigne-cul du village, pour des conneries. Et là, plus que jamais, je me dis qu’il y a plus grave dans la vie. Et qu’ils feraient mieux eux aussi de se préoccuper de choses plus essentielles. Et surtout, je mesure ma chance, notre chance, d’être ensemble. Si la vie était juste, ils reviendraient chez eux tous les trois, heureux d’avoir évité le pire. Mais j’ai peur qu’elle ne le soit pas. Je prie quand même pour ça.

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