Quand le monde ne tourne plus rond

Entre ma douce Marie qui sort son second recueil aujourd’hui (on en parle bientôt !) (en plus il y a un texte à moi dedans, je vous dis pas la joie) et mon passage prochain à Paris, j’ai eu envie de vous ressortir ce texte, qui traîne dans mes brouillons sans trop savoir s’il a lieu d’être ou non. J’ai bien peur d’avoir un peu trop écrit sur ces événements, mais je vous embête encore une fois.

Sans titre

Il est des certitudes qui semblent inébranlables. Des étiquettes propres et bien collées, des repères éternels, petits îlots tranquilles au milieu de toutes ces remises en questions exquises et détestables que nous impose la vie. L’immuabilité a du bon, parfois.

Et puis…

Un soir, une phrase lue par hasard sur internet. Les infos. L’attente. La fébrilité devant cet écran qu’on ne peut pas éteindre tant qu’on ne sait pas.

Et puis on sait.

Et, à partir de là, les perspectives changent, les certitudes s’effacent. Tout est changé, mais rien n’a bougé. Il y aura un avant et un après.

Je n’aime pas les gens. Je cite souvent un passage de roman à ce propos : « L’homme (…) est médiocre par nature. L’infortuné qui a un jour ressenti pareille évidence ne peut rien ensuite contre la masse innombrable de ceux qui la nourrissent.  » (*) Je ne suis pas humaniste, je ne crois pas en nous.

Et pourtant… j’ai vu tellement de lumière dans cette obscurité que j’ai bien dû me résoudre à regarder les gens avec plus de tendresse. Que je le veuille ou non, j’ai été ébranlée. Je ne saurais dire pourquoi, comment, mais j’ai vécu les jours suivants dans un état second, les larmes au bord des yeux, le cœur au bord des lèvres. Cela aurait pu me conforter dans la certitude que l’homme est foncièrement mauvais. Ce ne fut pas le cas, bien au contraire.

Deux semaines après cette soirée noire, j’étais à Paris pour deux jours, dans ce même quartier. Moi qui ne suis jamais allée dans la capitale, ou si peu il y a longtemps, quelle était la probabilité ? Il va sans dire que ce voyage je l’ai fait dans un état d’esprit assez particulier.

Mes amies m’ont récupérée à la gare et m’ont conduite à l’adresse où je louais une chambre. Sur le trajet, j’ai repéré une foule, et j’ai vu les bougies. Des bougies par centaines qui défiaient le crépuscule. Mon cœur s’est serré.

Nous avons marché, à la recherche d’un endroit où dîner, et j’ai eu le loisir de comprendre ce que « terrasse » signifie à Paris. Chez moi, en hiver, il y a deux ou trois personnes qui fument leur clope en vitesse avant de rentrer se réchauffer. A Paris, les terrasses sont bondées. Ce jeudi soir, ils étaient tous assis face à la rue, comme cela a sans doute toujours été. J’avoue que là je n’ai pas pu retenir plus longtemps ce sentiment inédit que les parisiens m’ont inspiré : du respect.

Croyez-le ou non, ça me fait presque mal de l’admettre. Je suis convaincue qu’il faut évoluer, mais certains aspects de notre éducation sont plus difficiles à lâcher que d’autres, simplement parce que, soyons honnête, cela nous plaît. Vous dire que j’ai grandi dans un petit village provençal vous suffira à comprendre de quoi je parle. Ou peut-être pas. Peu importe en fait.

Revenons là-bas. Me voilà seule à ma table, mes amies sorties fumer. Et je griffonne des mots sur mon carnet que je n’aurais jamais pensé écrire, une boule amère dans la gorge, la même qui ne m’a pas quittée depuis près de deux semaines.

Regarder vivre les parisiens. Ces terrasses bondées, ce barman qui pose, triomphant, pour une photo. Ces gens qui rient, ces gens qui boivent. Qui parlent de filles, qui parlent de foot. Qui vivent.

C’est alors que j’écrivais ces phrases qu’un inconnu s’est approché de moi et m’a tendu une rose.

C’est pour vous… C’est vrai ? Ben oui, c’est vrai, elle est drôle celle-là ! Et je suis restée là, comme une conne, je n’en revenais pas.

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Dans un autre contexte, ça m’aurait fait sourire. Ce soir-là, ça m’a fait chavirer. Et, jamais très loin, les larmes, forcément, sont montées. Et ce mec qui faisait le fier derrière son bar ne savait plus quoi faire. Enfin, ça c’est lui qui me l’a dit, parce qu’en vrai je ne l’aurais pas deviné. J’aurais plutôt cru qu’il me prenait pour une folle. Et je n’aurais pas pu le détromper.

Mais merde, me voilà en plein Paris, en train de regarder les gens avec tendresse, d’admirer la ville, d’avoir envie de prendre des inconnus dans mes bras. Au moment où flotte une banderole « je suis Paris » chez les Ultras !

C’est bon, on y est, le monde est fou les gars.

Sérieusement, je n’ai jamais vu autant de lumière chez les autres que pendant ces jours-là. Je me suis surprise à me sentir bien, mon café à la main, à discuter avec cette fille qui m’hébergeait, à parler de sa ville, de tout ça… A sourire aux passants croisés ce matin-là.

Ça semble dérisoire, naïf, sirupeux à souhait, mais cette phrase m’est revenue souvent depuis : On ne voit bien la lumière que dans l’obscurité. C’est tellement vrai. Je crois que cette horreur a fait jaillir le meilleur de chacun. Un changement subtil, mais que l’on peut sentir à chaque regard croisé. J’ai lu dans les yeux des passants une sorte de compréhension mutuelle inattendue et troublante. Ou alors je me trompe, je me réfugie comme je peux dans un monde un peu moins laid, comme je l’ai toujours plus ou moins fait. Tant pis. J’aime à croire que le barman a compris le sens du merci que je lui ai adressé en quittant le restaurant ce soir-là.

Il m’a tout de même réconfortée dans mes certitudes : alors que je lui disais que j’étais en train de me réconcilier avec les parisiens, il m’a avoué qu’il était de Montpellier. Et son copain, qui m’a offert cette fleur, n’était pas d’ici lui non plus. Oh que non ! Merci, les mecs. Pour ça aussi. J’ai encore un semblant de repère auquel m’accrocher.

Cher parisiens, vous m’en voyez navrée, mais je vais continuer à dire un tout petit peu du mal de vous. Parce que, si je le fais, c’est que le monde n’est peut-être pas tout à fait fou.

*Là où les tigres sont chez eux, J-M Blas de Roblès

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3 réflexions sur “Quand le monde ne tourne plus rond

  1. Laurie dit :

    J’ai beau connaitre l’histoire, je ne m’en lasse pas … Le monde est fou, c’est certain, parfois un peu plus que d’autre, mais parfois aussi, il s’y passe des belles choses … et qui plus est, sous ta plume, les belles choses deviennent sublimes ! Bisous copine !

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  2. Marie Kléber dit :

    J’aime l’histoire de cette rose, de tes larmes, de la vie qui nous bouscule, nous fait perdre quelques idéaux, mais nous prouve aussi que tout n’est pas perdu, que l’espoir au creux de nos nuits n’est pas vain.
    La lumière a plus de poids que le reste ma belle.

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