89 mois, le premier roman de Caroline Michel

Le mois dernier j’ai eu la chance de recevoir en avant-première le premier roman de Caroline Michel, 89 mois, qui sort cette semaine, le 4 mai. Je connaissais un peu son blog, sur lequel je suis tombée à plusieurs reprises, mais je n’étais pas une lectrice assidue. Aussi, c’est sans a priori que j’ai commencé ma lecture. Aujourd’hui je vous en parle !

89 moisQuatrième de couverture : « J’ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans et des poussières, mon corps sera hors-jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J’en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea. »

Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n’a qu’une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l’unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.

Ma lecture : Je dois dire que j’ai été cueillie assez vite. Par le style d’abord, à la fois simple et profond. Dire beaucoup en peu de mots n’est pas un exercice que tout le monde maîtrise. De la profondeur donc, mais aussi de l’humour. Il est rare qu’un livre me fasse vraiment sourire, là j’ai trouvé certains passages franchement drôles. Parce que l’héroïne est comme n’importe quelle fille de trente ans, elle est parfois un brin vulgaire et c’est délectable. Mais, surtout, entre deux sourires, j’ai été touchée. Ce roman m’a fait rire, et il m’a surtout émue.

L’histoire, forcément, m’a touchée. Elle a fait résonner fort en moi des émotions passées. Ce désir d’enfant inconditionnel, ce renoncement à attendre le père parfait, je le connais. Il y a des années, séparée de celui est devenu depuis mon mari, je me suis laissé un temps bien défini avant d’entamer le parcours de Jeanne, qui m’aurait sans doute conduite en Belgique ou en Espagne. Avec toutes les questions et les réactions des gens autour que cela implique.

Ces questions, Caroline Michel les soulève très justement, et livre plusieurs portraits de personnages, chacun avec sa vision de la parentalité, sans jamais tomber dans le jugement. Il y a bien cette amie un peu agaçante, mais on finit par l’adopter, et la plaindre un peu. Au travers de leurs regards, c’est toutes les façons de désirer ou non un enfant qui sont soulevées. C’est aussi un contraste réaliste entre celle qui imagine et caresse l’idée d’un bébé, la tête emplie de jolies petites images, et celle qui vit la réalité de l’enfant, pas si rose que cela.

Revenons à Jeanne. Terriblement attachante lorsqu’elle parle à sa future fille, celle qu’elle attend furieusement. Ce désir d’enfant, beaucoup de femmes l’ont connu et partagé. C’est une vraie question de société qu’elle nous pose là. Qui ne connaît pas au moins une trentenaire qui tient de genre de discours, qui se laisse une date butoir au-delà de laquelle elle envisage de se lancer seule dans l’aventure de la maternité, juste parce qu’elle ne conçoit pas sa vie sans enfant ? Forcément, on se heurte encore à des réactions hostiles, certains ne le comprennent pas, mais c’est un fait : aujourd’hui les femmes font de plus en plus ce choix. Sous sa légèreté, ce livre invite à une réflexion sur tout cela.

Certaines le refermeront en souriant, d’autres en faisant le point sur leur désir d’enfant, d’autres auront des souvenirs qui remonteront à la surface, mais je crois qu’il ne laissera pas beaucoup d’indifférentes. Rien n’est lourd, alambiqué, on n’est pas dans une introspection ennuyeuse, juste dans la vie de cette jeune femme à laquelle on peut s’identifier, et c’est justement ça qui est efficace. Un roman simple et léger qui remue un petit quelque chose, l’air de rien.

Alors, à lire ? Oui, vous l’aurez compris. Trois fois oui. C’est un joli premier roman, une jolie plume et un joli sujet. Et je souhaite à Caroline Michel que ce soit le premier d’une longue série, en tout cas j’ai envie d’en lire encore !

Ils s’exclament « Trente-trois ans, l’âge du Christ! » Je pense « celui d’avoir un enfant. » Je souffle mes bougies. Dans mon vœu, ça sent le lait, le talc, et une souris verte court dans l’herbe.

Comme je ne voudrais pas que tu penses que ta mère est une traînée, sache que les petites filles naissent dans les roses et que je ne ferai rien d’autre qu’aller te chercher chez Interflora.

Léo s’enthousiasme de tout. J’ai appris que le mot « enthousiasme » venait du grec ancien « avoir un dieu en soi ». Quand j’ai dit ça à Alice qui trouve Éléonore trop excitée et irresponsable, elle m’avait répondu que cette dernière devait avoir dix apôtres dans le cul.

C’est beau, un jeune papa. C’est peut-être ce qui me manquera, un papa qui pleure. De grandes mains à mes côtés. De grandes mains qui saisissent le volant aux premières contractions pour filer à la maternité. De grandes mains qui tremblent (…). De grandes mains qui caressent de fins cheveux dorés devant un gâteau d’anniversaire.

J’aimerais que mon corps fonde, que tous les corps fondent, que porter la vie ne soit qu’un gros malentendu, que la grossesse n’existe pas, que les ventres n’aient aucun défi, rien à porter, j’aimerais que les enfants s’achètent ou se commandent, se dessinent ou se cultivent. Dans les choux, les roses, au fond d’un immense jardin. J’aimerais que les cigognes existent et que les naissances ne dépendent plus jamais d’aucun utérus; et si possible, qu’elles ne dépendent plus jamais d’aucun papa.

 

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3 réflexions sur “89 mois, le premier roman de Caroline Michel

  1. Marie Kléber dit :

    Tu me donnes bien envie de le lire ma belle, un peu de légèreté et de rire, ça fait toujours du bien. Et puis le sujet est d’actualité, je connais de nombreuses femmes dans mon entourage qui se sentent prêtes à sauter à pieds joints dans la maternité (sans le père qui va avec). Même si je crois que c’est ça le plus délicat, l’absence de papa qui berce, qui vit chaque instant à nos côtés la merveilleuse aventure de ce miracle vivant…
    Grosses bises de nous deux.

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  2. Laurie dit :

    Oh ben moi aussi j’ai bien envie de le lire ce bouquin ! Même si les gens qui écrivent des livres m’agacent un peu 😉 En plus, elle a l’air drôle, ce qui est encore plus énervant !
    (T’as vu comment il est pourri mon commentaire par rapport à celui de Marie ?!)

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