Le Soleil des Scorta – Laurent Gaudé

51y0AuqXp3LQuatrième de couverture : La lignée des Scorta est née d’un viol et du péché. Maudite, méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté. A Montepuccio, dans le sud de l’Italie, seul l’éclat de l’argent peut éclipser l’indignité d’une telle naissance. C’est en accédant à l’aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d’eux l’opprobre. Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut encore les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

(Comme souvent, je ne suis pas tellement d’accord avec cette quatrième de couverture, mais bon !)

J’ai relu Le Soleil des Scorta pour sortir d’une longue période sans livre, parce que j’avais besoin de quelque chose de simple mais qui me transporte tout de même assez pour me redonner un rythme de lecture. C’est une de mes valeurs sûres.

Difficile de parler de ce roman. Les Scorta, c’est une lignée née du crime et d’un énorme malentendu. C’est une famille qui l’on suit sur plusieurs générations, d’un point de vue extérieur mais aussi au travers de la confession de Carmela, qui sent la fin proche. Ce n’est pas une histoire pleine de rebondissements, de surprises, d’action. C’est plutôt un roman de sensations, de couleurs, de sentiments.

Il y a ces enfants maudits par leur origine, dont l’orgueil et la soif cachent une vie d’expiation. Pour quoi sont fait les Scorta ? Pour la sueur. Ils portent le poids des fautes de leurs parents, et s’éteignent sans sourciller, comme persuadés de n’avoir mérité que cela.

Il y a cette vie de petit village, comme on en trouve seulement dans le sud, où l’on protège même ceux que l’on déteste, juste parce qu’ils sont d’ici. Il n’y a pas d’opprobre comme le suggère la présentation, mais un subtil mélange de haine et de sentiment presque fraternel que ceux qui l’ont connu reconnaitrons bien.

Il y a cette générosité et cet appétit de vivre, cette nonchalance et ce goût de la transgression qu’on développe sous le soleil.

Il y a ce soleil, évidemment. Presque le personnage principal, tant sa présence est palpable à chaque page. Ce soleil dur et cruel, qui aveugle et qui brûle tout. Ce soleil qui réchauffe le sang et tape un peu trop sur la tête parfois. Ce soleil qui offre les plus belles tablées et éclaire les souvenirs d’une teinte inégalable…

Il y a tellement plus que cela. Laurent Gaudé évoque beaucoup avec peu de mots, et m’a touchée en plein cœur.

Oui, finalement, c’est un goût d’enfance que j’ai trouvé dans ce livre. Même si ma Provence est bien plus au nord, même si mon soleil était bien moins mauvais, même si le curé était beaucoup plus discret. Ce n’est que comme ça que je m’explique le bonheur que j’ai à me plonger dans l’atmosphère de Montepuccio et à parcourir le destin de ses enfants. Il y a une réminiscence de Pagnol, quelque part, sans doute. Et des passages qui m’ont fait pleurer.

Alors, à lire ? Oui, trois fois oui, évidemment !

« On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d’avidité goinfre. Comme si c’était la dernière fois qu’on mangeait. (…) Et tant pis si on s’en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération.

(…) On ne mangeait plus pour le ventre mais pour le palais. Mais malgré toute l’envie qu’on en avait, on ne parvint pas à venir à bout des calamars frits. Et cela plongea Raffaele dans un sentiment d’aise vertigineux. Il faut qu’il reste des mets en table, sinon, c’est que les invités n’ont pas eu assez. »

« Il fait trop beau. Depuis un mois, le soleil tape. Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. (…) Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C’est son parfum. (…) Nous sommes les mangeurs de soleil. Je savais que tu ne partirais pas. S’il avait plu ces derniers jours, peut-être, oui. Mais là, c’était impossible. »

« Mon frère, tu t’es marié aujourd’hui. Je te regarde, là, dans ton costume. Tu te penches sur le cou de ta femme pour lui murmurer quelque chose. Je te regarde lever ton verre à la santé des invités et je te trouve beau. Je voudrais demander à la vie de vous laisser tels que vous êtes, là, intacts, jeunes, pleins de désirs et de forces. Que vous traversiez les ans sans bouger. Que la vie n’ait pour vous aucune des grimaces qu’elle connaît. Je vous regarde aujourd’hui. Je vous contemple avec soif. Et lorsque les temps se feront durs, lorsque je pleurerai sur mon sort, lorsque j’insulterai la vie qui est une chienne, je me souviendrai de ces instants, de vos visages illuminés par la joie et je me dirai : N’insulte pas la vie, ne maudis pas le sort, souviens-toi d’Elia et de Maria qui furent heureux, un jour au moins, dans leur vie, et ce jour-là tu étais à leurs côtés. »

Et je garderai aussi cette phrase qui ouvre le roman, prise à Cesare Pavese :

« Le silence, c’est là notre force. Un de nos ancêtres a dû être bien seul (…) pour enseigner aux siens un silence si grand. »

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4 réflexions sur “Le Soleil des Scorta – Laurent Gaudé

  1. Marie Kléber dit :

    Je suis contente petit 1) que tu te sois remise à lire et petit 2) que tu nous offres la critique de ce premier roman qui m’a l’air splendide.
    Merci ma belle. Je le note dans ma liste, un peu de soleil ne peut pas nous faire de mal.
    Grosses bises

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    • Laurie dit :

      Coucou! J’avais également découvert ton blog via celui de Laurie 🙂
      N’hésite pas à me laisser un petit mot pour me dire ce que tu en as pensé lorsque tu l’auras lu, ou me laisser le lien vers un article si tu en écris un 🙂

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