Miroir

Il n’y a pas de vie plus grande, il n’y a pas de vue plus belle

Que celle qu’on a d’ici, du haut des lignes que tu écris.

Il n’y a pas de mots plus doux, il n’y a pas de mots plus fous

Que ceux dont tu uses pour dire toi, moi, nous.

Il n’y a pas de joie sincère à te savoir heureux sans moi

Il n’y a pas vraiment matière, il n’y a pas vraiment de droit.

Il n’y a pas vraiment d’obstacle quand je te parle les yeux fermés

Il n’y a pas vraiment de chose à ajouter.

Il n’y a pas vraiment de nous

Il n’y a pas vraiment autre chose

Qui vaille seulement le coup

Que l’on se rêve si l’on ose.

Il n’y a pas vraiment de nous si l’on y pense,

Ni toi ni moi vraiment distincts,

Juste tourner main dans la main,

Deux flammes jumelles qui dansent.

Et peu importe que tu sois loin

Peu importe la distance

Si l’on connecte nos instincts

Je sais de toi ce que tu penses

Tu sais de moi ce qu’il faut savoir

Ni amoureux, ni amis,

Juste l’éternelle bougie

De mon âme miroir.

[Poésie] Ils avaient un Prénom – Marie Kléber

Aujourd’hui, on va parler poésie, et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de mon amie Marie, qui a sorti son second recueil il y a peu. Le premier, L’Essence de l’Etre, dont je vous parlais ici, était une introspection et un voyage intérieur tout en finesse, cette fois elle s’attaque à un sujet extérieur et difficile : les attentats de Paris. Enfin, quand je dis qu’elle s’y attaque, je devrais dire que ces événements ont guidé sa plume et lui ont sans doute presque arraché ces lignes.

Ils avaient un Prénom

Ils avaient un Prénom. C’est un livre hommage, un recueil destinés à tous ceux qui ont été touchés par les événements, de Paris ou d’ailleurs, de loin ou de près. Mais toujours avec la lumière de Marie qui éclaire l’ensemble. Elle m’a fait le cadeau de mettre un de mes textes sur la Lumière, justement, en guise de préface. Une fierté de voir mes mots mêlés aux siens, surtout ceux-là.

Ce second recueil est présenté en plusieurs parties, des nuances de couleurs qui donnent le ton.

Rouge sang, ou la vérité crue du sang répandu.

Gris cendre, ou l’après. Pour ceux qui restent, pour ceux qui pleurent, pour ceux qui ont survécu. Mais aussi pour ceux qui assistent, impuissants, à la folie de quelqu’un qu’ils aiment. La Lettre à mon Fils, qui rappellera à chaque mère cette peur d’avoir donné la vie à son enfant dans un monde bien trop fou pour ça.

Coup d’œil à gauche

Hier matin

Je prends ta main

Coup d’œil à droite

Demain matin

Cœur orphelin.

(Mausolée)

Un poème m’a chavirée, Asphalte, sans doute mon préféré même s’il est terrible.

Nuances, ou un petit rappel. Une remise en perspective de ce que vivent des milliers de réfugiés chaque jour, pour qui ce genre d’horreur est le lot quotidien avant la fuite.

Noir animal, ou l’autre côté. Celui de ceux qui n’ont plus de lumière dans leur cœur.

Regarde-moi

M’éteindre lentement

A la faveur de ta démence

Dernier témoin tragique

De ton parcours

De fanatique

(Fanatique)

La dualité des sentiments, les vies brisées de leurs familles, victimes collatérales de ce choix.

Vert opaline, ou l’espoir. Evidemment, Marie est porteuse d’espoir, il est profondément ancré en elle. L’ouverture sur l’autre, l’Amour, elle aurait aussi bien pu lui donner son prénom à cette partie.

Ils avaient un prénom, pour conclure. Et terminer par eux.

J’ai peur d’en dire trop, et pas assez en même temps. Bref, vous l’aurez compris, c’est encore une fois réussi. Subtil, intelligent, doux malgré tout. Du Marie, finalement.

Alors, foncez, d’autant que le produit des ventes est reversé à une association, IMAD pour la Jeunesse et la Paix. Jolie initiative, jolis mots, jolie Lumière… Comme quoi, il y a toujours une lueur dans l’obscurité.

Retrouvez le recueil Ils avaient un Prénom sur le site Thebookedition. Et, si vous avez envie de le découvrir, je vous conseille d’aller faire un tour sur le compte Instagram Les Carnets de Laurie, une surprise est prévue !

Aux Portes de L’Eternité – Ken Follett

Quatrième de couverture : 1961. Les Allemands de l’Est ferment l’accès à Berlin-Ouest. La tension entre États-Unis et Union soviétique s’exacerbe. Le monde se scinde en deux blocs. Confrontées à toutes les tragédies de la fin du xxe siècle, plusieurs familles – polonaise, russe, allemande, américaine et anglaise – sont emportées dans le tumulte de ces immenses troubles sociaux, politiques et économiques. Chacun de leurs membres devra se battre et participera, à sa manière, à la formidable révolution en marche.

C’était avec impatience que j’attendais ce troisième opus, après avoir dévoré La Chute des Géants et L’Hiver du Monde, que j’ai d’ailleurs relus pour l’occasion. Quand j’ai vu l’épaisseur du pavé, j’ai été transportée : les livres de Ken Follett, même longs, finissent toujours trop tôt. L’attente valait-elle la peine ?

Le contexte de ce troisième volet de la trilogie du Siècle est la guerre froide, ce que laissait entendre la fin du second roman. Mais c’est aussi l’avancée des droits civiques aux Etats-Unis, qui démarre à une époque où les noirs sont considérés comme dénués de droits fondamentaux. C’est une vaste fresque qui s’étend des années 60 à l’aube des années 90. C’est d’ailleurs assez étrange, après avoir suivi le destin de ses familles de toutes nationalités depuis le début du siècle, de se rendre compte qu’on aborde une période que nous avons connue, même enfant. Il m’a fallu un effort pour imaginer les personnages dans des vêtements modernes !

Bon, j’avoue que cette fois j’ai été moins embarquée… En fait je crois que je ne me suis attachée à aucun personnages. Aucun d’entre eux ne m’a saisie, pourtant ils sont plus dans la nuance, à mi-chemin entre leurs bons et leurs mauvais côtés, ce qui devrait les rendre plus identifiables… Mais non, en ce qui me concerne, la sauce n’a pas pris. Dans les deux premiers volets, je les ai suivis avec passion, les situant parfaitement dans la chronologie, là je me disais « ah, tiens, il a déjà cet âge-là… ». Surtout, après avoir suivi des familles totalement différentes et représentatives d’une époque, on se retrouve avec une génération de sénateurs, conseillers du président, star de cinéma, star de la pop mondialement connue… Pas exactement le quotidien des citoyens lambda, donc. Il m’a manqué des protagonistes ordinaires, je ne sais pas.

Par contre, d’un point de vue historique, j’ai trouvé que c’était le meilleur des trois. J’ai appris beaucoup, énormément, et surtout j’ai plongé totalement dans les considérations sociales et politiques de cette Guerre Froide que, finalement, je ne connaissais que trop peu. J’ai réellement frémi à la lecture de la crise de Cuba, j’ai été choquée par les assassinats des frères Kennedy, j’ai trépigné devant la lenteur de la réforme des droits civiques, j’ai ouvert des yeux ronds devant la politique du bloc soviétique, et compris toute la portée du Mur de Berlin. Oui, je me souviens l’avoir vu tomber. J’en ai même touché un morceau devant un musée de Greenwich. Mais je n’avais pas conscience de la portée historique et humaine de ce morceau de béton couvert de graffitis.

Lorsque l’on a lu Black Boy ou La Couleur des Sentiments, on connaît la situation difficile des noirs américains. Mais j’avais l’impression que tout cela était loin. En fait, pas tant que ça. La stabilité mondiale non plus n’est pas si vieille. A l’heure du coup de tonnerre de Brexit, je ne peux que m’interroger sur les conséquences diplomatiques que nous ne mesurons pas encore. Mais je m’égare ! Bref, cette lecture c’est pas mal de prises de conscience pour moi.

Oui, de ce point de vue-là, j’ai réellement adoré ce roman. Moi qui n’ai jamais aimé l’histoire, qui n’y a jamais rien compris de toute manière, j’apprécie tellement ce genre de lecture. Je crois que Ken Follett est définitivement le roi du roman historique, et ces 1200 pages sont une fois de plus un travail d’orfèvre. On tremble moins pour les protagonistes, mais après tout on tremble tout court, alors…

C’est d’ailleurs avec une énorme émotion que j’ai refermé ce livre tard dans la nuit. Une fin forcément marquée par la chute du Mur, dont on saisit toute la portée. Et un épilogue… Les larmes sont montées lorsque j’ai compris ce que je m’apprêtais à lire, et j’ai pleuré avec le personnage. J’ai rarement été autant émue par un final.

Bref, à lire, absolument.

Quand le monde ne tourne plus rond

Entre ma douce Marie qui sort son second recueil aujourd’hui (on en parle bientôt !) (en plus il y a un texte à moi dedans, je vous dis pas la joie) et mon passage prochain à Paris, j’ai eu envie de vous ressortir ce texte, qui traîne dans mes brouillons sans trop savoir s’il a lieu d’être ou non. J’ai bien peur d’avoir un peu trop écrit sur ces événements, mais je vous embête encore une fois.

Sans titre

Il est des certitudes qui semblent inébranlables. Des étiquettes propres et bien collées, des repères éternels, petits îlots tranquilles au milieu de toutes ces remises en questions exquises et détestables que nous impose la vie. L’immuabilité a du bon, parfois.

Et puis…

Un soir, une phrase lue par hasard sur internet. Les infos. L’attente. La fébrilité devant cet écran qu’on ne peut pas éteindre tant qu’on ne sait pas.

Et puis on sait.

Et, à partir de là, les perspectives changent, les certitudes s’effacent. Tout est changé, mais rien n’a bougé. Il y aura un avant et un après.

Je n’aime pas les gens. Je cite souvent un passage de roman à ce propos : « L’homme (…) est médiocre par nature. L’infortuné qui a un jour ressenti pareille évidence ne peut rien ensuite contre la masse innombrable de ceux qui la nourrissent.  » (*) Je ne suis pas humaniste, je ne crois pas en nous.

Et pourtant… j’ai vu tellement de lumière dans cette obscurité que j’ai bien dû me résoudre à regarder les gens avec plus de tendresse. Que je le veuille ou non, j’ai été ébranlée. Je ne saurais dire pourquoi, comment, mais j’ai vécu les jours suivants dans un état second, les larmes au bord des yeux, le cœur au bord des lèvres. Cela aurait pu me conforter dans la certitude que l’homme est foncièrement mauvais. Ce ne fut pas le cas, bien au contraire.

Deux semaines après cette soirée noire, j’étais à Paris pour deux jours, dans ce même quartier. Moi qui ne suis jamais allée dans la capitale, ou si peu il y a longtemps, quelle était la probabilité ? Il va sans dire que ce voyage je l’ai fait dans un état d’esprit assez particulier.

Mes amies m’ont récupérée à la gare et m’ont conduite à l’adresse où je louais une chambre. Sur le trajet, j’ai repéré une foule, et j’ai vu les bougies. Des bougies par centaines qui défiaient le crépuscule. Mon cœur s’est serré.

Nous avons marché, à la recherche d’un endroit où dîner, et j’ai eu le loisir de comprendre ce que « terrasse » signifie à Paris. Chez moi, en hiver, il y a deux ou trois personnes qui fument leur clope en vitesse avant de rentrer se réchauffer. A Paris, les terrasses sont bondées. Ce jeudi soir, ils étaient tous assis face à la rue, comme cela a sans doute toujours été. J’avoue que là je n’ai pas pu retenir plus longtemps ce sentiment inédit que les parisiens m’ont inspiré : du respect.

Croyez-le ou non, ça me fait presque mal de l’admettre. Je suis convaincue qu’il faut évoluer, mais certains aspects de notre éducation sont plus difficiles à lâcher que d’autres, simplement parce que, soyons honnête, cela nous plaît. Vous dire que j’ai grandi dans un petit village provençal vous suffira à comprendre de quoi je parle. Ou peut-être pas. Peu importe en fait.

Revenons là-bas. Me voilà seule à ma table, mes amies sorties fumer. Et je griffonne des mots sur mon carnet que je n’aurais jamais pensé écrire, une boule amère dans la gorge, la même qui ne m’a pas quittée depuis près de deux semaines.

Regarder vivre les parisiens. Ces terrasses bondées, ce barman qui pose, triomphant, pour une photo. Ces gens qui rient, ces gens qui boivent. Qui parlent de filles, qui parlent de foot. Qui vivent.

C’est alors que j’écrivais ces phrases qu’un inconnu s’est approché de moi et m’a tendu une rose.

C’est pour vous… C’est vrai ? Ben oui, c’est vrai, elle est drôle celle-là ! Et je suis restée là, comme une conne, je n’en revenais pas.

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Dans un autre contexte, ça m’aurait fait sourire. Ce soir-là, ça m’a fait chavirer. Et, jamais très loin, les larmes, forcément, sont montées. Et ce mec qui faisait le fier derrière son bar ne savait plus quoi faire. Enfin, ça c’est lui qui me l’a dit, parce qu’en vrai je ne l’aurais pas deviné. J’aurais plutôt cru qu’il me prenait pour une folle. Et je n’aurais pas pu le détromper.

Mais merde, me voilà en plein Paris, en train de regarder les gens avec tendresse, d’admirer la ville, d’avoir envie de prendre des inconnus dans mes bras. Au moment où flotte une banderole « je suis Paris » chez les Ultras !

C’est bon, on y est, le monde est fou les gars.

Sérieusement, je n’ai jamais vu autant de lumière chez les autres que pendant ces jours-là. Je me suis surprise à me sentir bien, mon café à la main, à discuter avec cette fille qui m’hébergeait, à parler de sa ville, de tout ça… A sourire aux passants croisés ce matin-là.

Ça semble dérisoire, naïf, sirupeux à souhait, mais cette phrase m’est revenue souvent depuis : On ne voit bien la lumière que dans l’obscurité. C’est tellement vrai. Je crois que cette horreur a fait jaillir le meilleur de chacun. Un changement subtil, mais que l’on peut sentir à chaque regard croisé. J’ai lu dans les yeux des passants une sorte de compréhension mutuelle inattendue et troublante. Ou alors je me trompe, je me réfugie comme je peux dans un monde un peu moins laid, comme je l’ai toujours plus ou moins fait. Tant pis. J’aime à croire que le barman a compris le sens du merci que je lui ai adressé en quittant le restaurant ce soir-là.

Il m’a tout de même réconfortée dans mes certitudes : alors que je lui disais que j’étais en train de me réconcilier avec les parisiens, il m’a avoué qu’il était de Montpellier. Et son copain, qui m’a offert cette fleur, n’était pas d’ici lui non plus. Oh que non ! Merci, les mecs. Pour ça aussi. J’ai encore un semblant de repère auquel m’accrocher.

Cher parisiens, vous m’en voyez navrée, mais je vais continuer à dire un tout petit peu du mal de vous. Parce que, si je le fais, c’est que le monde n’est peut-être pas tout à fait fou.

*Là où les tigres sont chez eux, J-M Blas de Roblès

89 mois, le premier roman de Caroline Michel

Le mois dernier j’ai eu la chance de recevoir en avant-première le premier roman de Caroline Michel, 89 mois, qui sort cette semaine, le 4 mai. Je connaissais un peu son blog, sur lequel je suis tombée à plusieurs reprises, mais je n’étais pas une lectrice assidue. Aussi, c’est sans a priori que j’ai commencé ma lecture. Aujourd’hui je vous en parle !

89 moisQuatrième de couverture : « J’ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans et des poussières, mon corps sera hors-jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J’en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea. »

Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n’a qu’une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l’unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.

Ma lecture : Je dois dire que j’ai été cueillie assez vite. Par le style d’abord, à la fois simple et profond. Dire beaucoup en peu de mots n’est pas un exercice que tout le monde maîtrise. De la profondeur donc, mais aussi de l’humour. Il est rare qu’un livre me fasse vraiment sourire, là j’ai trouvé certains passages franchement drôles. Parce que l’héroïne est comme n’importe quelle fille de trente ans, elle est parfois un brin vulgaire et c’est délectable. Mais, surtout, entre deux sourires, j’ai été touchée. Ce roman m’a fait rire, et il m’a surtout émue.

L’histoire, forcément, m’a touchée. Elle a fait résonner fort en moi des émotions passées. Ce désir d’enfant inconditionnel, ce renoncement à attendre le père parfait, je le connais. Il y a des années, séparée de celui est devenu depuis mon mari, je me suis laissé un temps bien défini avant d’entamer le parcours de Jeanne, qui m’aurait sans doute conduite en Belgique ou en Espagne. Avec toutes les questions et les réactions des gens autour que cela implique.

Ces questions, Caroline Michel les soulève très justement, et livre plusieurs portraits de personnages, chacun avec sa vision de la parentalité, sans jamais tomber dans le jugement. Il y a bien cette amie un peu agaçante, mais on finit par l’adopter, et la plaindre un peu. Au travers de leurs regards, c’est toutes les façons de désirer ou non un enfant qui sont soulevées. C’est aussi un contraste réaliste entre celle qui imagine et caresse l’idée d’un bébé, la tête emplie de jolies petites images, et celle qui vit la réalité de l’enfant, pas si rose que cela.

Revenons à Jeanne. Terriblement attachante lorsqu’elle parle à sa future fille, celle qu’elle attend furieusement. Ce désir d’enfant, beaucoup de femmes l’ont connu et partagé. C’est une vraie question de société qu’elle nous pose là. Qui ne connaît pas au moins une trentenaire qui tient de genre de discours, qui se laisse une date butoir au-delà de laquelle elle envisage de se lancer seule dans l’aventure de la maternité, juste parce qu’elle ne conçoit pas sa vie sans enfant ? Forcément, on se heurte encore à des réactions hostiles, certains ne le comprennent pas, mais c’est un fait : aujourd’hui les femmes font de plus en plus ce choix. Sous sa légèreté, ce livre invite à une réflexion sur tout cela.

Certaines le refermeront en souriant, d’autres en faisant le point sur leur désir d’enfant, d’autres auront des souvenirs qui remonteront à la surface, mais je crois qu’il ne laissera pas beaucoup d’indifférentes. Rien n’est lourd, alambiqué, on n’est pas dans une introspection ennuyeuse, juste dans la vie de cette jeune femme à laquelle on peut s’identifier, et c’est justement ça qui est efficace. Un roman simple et léger qui remue un petit quelque chose, l’air de rien.

Alors, à lire ? Oui, vous l’aurez compris. Trois fois oui. C’est un joli premier roman, une jolie plume et un joli sujet. Et je souhaite à Caroline Michel que ce soit le premier d’une longue série, en tout cas j’ai envie d’en lire encore !

Ils s’exclament « Trente-trois ans, l’âge du Christ! » Je pense « celui d’avoir un enfant. » Je souffle mes bougies. Dans mon vœu, ça sent le lait, le talc, et une souris verte court dans l’herbe.

Comme je ne voudrais pas que tu penses que ta mère est une traînée, sache que les petites filles naissent dans les roses et que je ne ferai rien d’autre qu’aller te chercher chez Interflora.

Léo s’enthousiasme de tout. J’ai appris que le mot « enthousiasme » venait du grec ancien « avoir un dieu en soi ». Quand j’ai dit ça à Alice qui trouve Éléonore trop excitée et irresponsable, elle m’avait répondu que cette dernière devait avoir dix apôtres dans le cul.

C’est beau, un jeune papa. C’est peut-être ce qui me manquera, un papa qui pleure. De grandes mains à mes côtés. De grandes mains qui saisissent le volant aux premières contractions pour filer à la maternité. De grandes mains qui tremblent (…). De grandes mains qui caressent de fins cheveux dorés devant un gâteau d’anniversaire.

J’aimerais que mon corps fonde, que tous les corps fondent, que porter la vie ne soit qu’un gros malentendu, que la grossesse n’existe pas, que les ventres n’aient aucun défi, rien à porter, j’aimerais que les enfants s’achètent ou se commandent, se dessinent ou se cultivent. Dans les choux, les roses, au fond d’un immense jardin. J’aimerais que les cigognes existent et que les naissances ne dépendent plus jamais d’aucun utérus; et si possible, qu’elles ne dépendent plus jamais d’aucun papa.

 

Lettre à l’absent

Je suis assise par terre, le dos contre la porte pour que les enfants n’entrent pas. Pour pouvoir pleurer un moment tranquille, avant de pouvoir réfugier mes pleurs sous une douche brûlante. Ces quelques larmes-là n’ont pas voulu attendre.

Aujourd’hui, j’ai parlé de toi.

Je m’en suis voulue, comme à chaque fois. J’ai tapé ton nom dans la barre de recherche, comme à chaque fois. J’ai attrapé un détail, comme la dernière fois.

Quelle idée, aussi, de parler de toi ?

J’ai fouillé ma bibliothèque, à la recherche de ce livre que tu avais oublié chez moi. Une araignée morte a tenté de m’en dissuader mais je l’ai ouvert.

« À M., mon amie très aimée. »

Quelle blague… J’ai tourné rageusement les pages de ce foutu bouquin dans l’espoir d’y trouver un mot de toi. Un truc que j’aurais loupé il y a des années. Une annotation dans la marge, n’importe quoi. Rien, il n’y a rien. En plus il a un titre à la con, ton foutu bouquin.

J’ai demandé une réponse, sans trop savoir quelle question poser. Ouvert une page au hasard… – Oh, ne te moque pas, toi aussi tu l’as fait ! – Page 141, il était question d’un tout, et je n’étais pas plus avancée. J’ai tourné la page, me suis trompée, en ai tourné trois d’un coup, et là… Ton prénom. Cette saleté de livre porte en lui ton prénom. C’est bon, je le lirai, pour savoir ce que ton homonyme a de si terrible à confesser.

Un signe, donc. Je me console en me disant qu’au même moment tu as dû penser à moi. Tu devais être chez toi, peut-être en train de donner le biberon à ton fils. C’est quand même dingue que je me sois levée ce matin en me demandant si tu étais papa. Peut-être as-tu suspendu ton geste, regardé celle qui partage ta vie sans vraiment la voir, et t’es-tu envolé là-bas. J’espère en tout cas que ça t’a fait aussi mal qu’à moi. J’espère qu’une fraction de seconde tu as pensé à attraper tes clés de bagnole et à partir sans un mot. Ou juste en lui jetant un théâtral et énigmatique « Ce n’est pas toi ».

Non, la vérité c’est que j’espère juste que tu vas accueillir mon image comme il se doit quand elle va se présenter. Que tu vas saisir ton carnet et le noircir un peu. Tu n’as pas abandonné aussi ton carnet, rassure-moi ?

Ce n’était pas toi.

Je sais tellement de choses si je ferme les yeux. J’ai su quand tu l’as rencontrée, tu sais. Je l’ai su parce que j’ai été triste à en crever pendant des jours. Quelque part j’ai senti que tu m’avais mise dans un coin de ton esprit sans trop y penser. Mon âme savait que tu l’avais oubliée. Après tous ces reproches que tu m’as fait la nuit, tu as coupé et je l’ai senti.

Ce n’était pas moi.

Tu m’en as voulu, et je crois que je ne le méritais pas. Ou pas trop. Je t’en ai voulu, et je crois que je n’avais pas tout compris, au fond. Tu aurais pu parler, pour une fois. Ou me faire lire ton carnet, sortir ton nez de tes bouquins et communiquer.

Merde, quoi ! Pense à moi avec rancœur, passion ou violence, c’est toi qui voit. Mais pense à moi. Ce soir, j’en suis sûre, je vais surgir de nulle part dans ton esprit. Ne me rejette pas. N’oublie pas qui je suis, qui tu es, qui nous sommes. Ne me fais pas ça. Parle-moi un peu. Pas de ta vie, pas de la mienne, parle-moi toute la nuit, parle-moi de tout.

Ce n’était pas toi, ce n’était pas moi, ce n’était pas nous.

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Là où les tigres sont chez eux – J-M Blas de Roblès

Là où les tigres sont chez eux - romanQuatrième de couverture : Lorsque le correspondant de presse Eléazard von Wogau reçoit la biographie inédite d’Athanase Kircher, célèbre savant jésuite de l’époque baroque, il se lance sur ses traces, entraînant avec lui maints personnages aussi surprenants qu’extravagants. Véritable épopée, grand roman d’aventures, fresque étrange et flamboyante, où de minuscules intrigues se répondent et tissent une histoire du Brésil à l’aube du XXIe siècle.

Eléazard m’a donné envie d’avoir mes propres carnets. C’est par cette phrase que j’ai inauguré un carnet, il y a quelques années, après avoir lu ce roman pour la première fois. Aujourd’hui, alors que je le referme, l’envie est la même, et le nom de ce blog n’est pas tout à fait étranger à ce livre. Ni même mon envie de le relire justement maintenant.

Oui, Eléazard m’a donné envie d’avoir mes propres carnets. Et je peine à rassembler mes idées pour parler plus avant de ce roman. J’imagine que cette affirmation à elle seule donne une bonne idée de l’effet qu’il me procure. Mais je vais tout de même essayer d’en parler un peu plus en détails.

Eléazard, donc, travaille sur une biographie d’Athanase Kircher, jésuite au génie incomparable pour… se tromper. Chaque chapitre s’ouvre sur une partie de cette biographie, écrite par un compagnon jésuite. S’ensuit la vie des personnages contemporains : Eléazard, sa future ex-femme, leur fille, la mystérieuse italienne, un gouverneur véreux et un mendiant handicapé. Des vies qui s’effleurent parfois, sans jamais vraiment se croiser, ou si peu. Et, disséminés au fil des pages, les savoureux extraits des carnets d’Eléazard. Pas toujours abordables, pour être honnête, mais délicieux.

Ce n’est pas une histoire haletante, pleine de rebondissements, ce sont des morceaux de leur destin, à mi-chemin entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Des personnes qui, pour la plupart, se cherchent ou tentent de se reconstruire. Avec, en toile de fond, un Brésil moderne et sauvage, où les traditions se heurtent au présent. Et avec ce personnage totalement hors contexte de Kircher, qui agace mais dont le ridicule fini par arracher un sourire. Il me semble que des subtilités m’échappent, néanmoins je crois qu’il est un repère désuet et hors du temps pour un homme qui est résolument d’un autre siècle, son souffre-douleur aussi d’ailleurs.

Eléazard sent le siècle passé, son langage fleuri et sa vie nonchalante en font presque une anachronie. Sa fille, Moéma, cultive un idéal de retour aux origines tribales et à la pureté de la vie des indiens de la forêt, sans se rendre compte que ce qu’elle cherche véritablement c’est se retrouver elle-même, sans les artifices dans lesquels elle se noie. C’est sans doute aussi pour cela que Loredana a fait le voyage depuis son Italie natale. Le Brésil, brut et majesteux, mystérieux et plein de dangers, accueille ses gens à la dérive et leur promettant le retour à l’essentiel. Mais cela fait longtemps qu’il lutte lui aussi pour conserver tout ça.

Pour autant, ne vous attendez pas à de grandes descriptions du pays ou de ses tribus indiennes, comme dans Rouge Brésil. Il est un décor qui emballe l’imaginaire et les idéaux des personnages. Sous bien des aspects, ce livre m’a fait penser à des lectures qui ont l’Inde pour cadre, telles que l’Equilibre du Monde de Rohinton Mistry : des vies imprégnées du lieu plutôt qu’un lieu imprégné de vie. Le livre débute d’ailleurs par une citation de Goethe : « Ce n’est pas impunément qu’on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux ».

Les pépites, j’en ai relevé tellement qu’il m’est difficile de faire une sélection, mais en voici quelques-unes :

guillemet … la pensée d’importuner encore Soledade le fit hésiter. Après tout, Soledade, en portugais, ça voulait dire « solitude ». « Je vis seul avec Solitude… » prononça-t-il en lui-même. Il y a de ces pléonasmes qui portent en eux comme un surcroît de vérité.  guillemetfin.fw

guillemet Même s’il ne l’éprouvait pas comme telle, son apparente résignation le chagrinait. Mais le moyen de révoquer la sensation d’être lucide quand, par malheur, elle nous enjôle ! Les hommes, estimait-il, sont médiocres de nature ; l’infortuné qui a un jour ressenti pareille évidence ne peut rien ensuite contre la masse innombrable de ceux qui la nourrissent. guillemetfin.fw

guillemet Il pensa : « Je porte le deuil de mon amour, de ma jeunesse, d’un monde inadéquat. Je porte le deuil pour le deuil lui-même, pour son clair-obscur et la tiédeur apaisante de ses lamentations… » Mais il dit : « Je porte le deuil de ce qui n’a pas réussi à naître, de ce que nous nous acharnons à détruire, pour d’obscures raisons, chaque fois que le germe s’en manifeste. Comment dire… Je ne parviens pas à comprendre pourquoi nous ressentons toujours la beauté comme une menace, le bonheur comme un avilissement… » guillemetfin.fw

guillemet Elle vivait pour la volupté de se taire. guillemetfin.fw

guillemet « Nous avons des trains à grande vitesse, des Airbus et des fusées, Joao, des ordinateurs qui calculent plus rapidement que nos cerveaux et contiennent des encyclopédies complètes. Nous avons un grandiose passé littéraire et artistique, les plus grands parfumeurs, des stylistes géniaux qui fabriquent de magnifiques déshabillés dont trois de tes vies ne suffiraient pas à payer l’ourlet. Nous avons des centrales nucléaires dont les déchets resteront mortels pendant dix mille ans, peut-être plus, on ne sait pas vraiment… Tu imagines ça, Joao, dix mille ans ! (…) Nous avons aussi des bombes formidables, de vraies petites merveilles capables d’éradiquer pour toujours tes manguiers, tes caïmans, tes jaguars et tes perroquets de la surface de Brésil. Capables d’en finir avec ta race, Joao, avec celle de tous les hommes ! Mais, grâce à Dieu, nous avons une très haute opinion de nous-même. »

Roetgen comprit qu’il ne parviendrait jamais à lui décrire une réalité ne valant plus, (…), que par son insolence. Sommé de légitimer la civilisation occidentale, et de se justifier par elle, il échouait à isoler une seule curiosité susceptible d’intéresser cet homme. Un homme pour lequel les richesses naturelles de la terre, son ensoleillement, l’influence de la Lune sur tel animal ou telle plante avaient encore valeur et signification ; un être intelligent, sensible, mais vivant dans un monde où la culture devait s’entendre au sens propre, comme un humus, comme un fonds. guillemetfin.fw

guillemet L’inconscient n’est qu’une des stratégies possibles de la mauvaise foi. guillemetfin.fw

guillemet Entre vérité et mensonge, se sont souvent nos lèvres qui décident. Roetgen ne savait pas encore s’il trichait pour se faire plaindre et se donner le beau rôle dans l’histoire, ou si cette réponse incontrôlée tenait du dévoilement. Il y discernait trop d’exaltation, de celle qui nous incite, lorsque nous sommes en situation d’aveu, à choisir résolument le pathétique plutôt qu’une souffrance banale et dénuée de gloire. guillemetfin.fw

guillemet J’ai tout manqué, faute de participer au monde… guillemetfin.fw

Le Soleil des Scorta – Laurent Gaudé

51y0AuqXp3LQuatrième de couverture : La lignée des Scorta est née d’un viol et du péché. Maudite, méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté. A Montepuccio, dans le sud de l’Italie, seul l’éclat de l’argent peut éclipser l’indignité d’une telle naissance. C’est en accédant à l’aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d’eux l’opprobre. Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut encore les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

(Comme souvent, je ne suis pas tellement d’accord avec cette quatrième de couverture, mais bon !)

J’ai relu Le Soleil des Scorta pour sortir d’une longue période sans livre, parce que j’avais besoin de quelque chose de simple mais qui me transporte tout de même assez pour me redonner un rythme de lecture. C’est une de mes valeurs sûres.

Difficile de parler de ce roman. Les Scorta, c’est une lignée née du crime et d’un énorme malentendu. C’est une famille qui l’on suit sur plusieurs générations, d’un point de vue extérieur mais aussi au travers de la confession de Carmela, qui sent la fin proche. Ce n’est pas une histoire pleine de rebondissements, de surprises, d’action. C’est plutôt un roman de sensations, de couleurs, de sentiments.

Il y a ces enfants maudits par leur origine, dont l’orgueil et la soif cachent une vie d’expiation. Pour quoi sont fait les Scorta ? Pour la sueur. Ils portent le poids des fautes de leurs parents, et s’éteignent sans sourciller, comme persuadés de n’avoir mérité que cela.

Il y a cette vie de petit village, comme on en trouve seulement dans le sud, où l’on protège même ceux que l’on déteste, juste parce qu’ils sont d’ici. Il n’y a pas d’opprobre comme le suggère la présentation, mais un subtil mélange de haine et de sentiment presque fraternel que ceux qui l’ont connu reconnaitrons bien.

Il y a cette générosité et cet appétit de vivre, cette nonchalance et ce goût de la transgression qu’on développe sous le soleil.

Il y a ce soleil, évidemment. Presque le personnage principal, tant sa présence est palpable à chaque page. Ce soleil dur et cruel, qui aveugle et qui brûle tout. Ce soleil qui réchauffe le sang et tape un peu trop sur la tête parfois. Ce soleil qui offre les plus belles tablées et éclaire les souvenirs d’une teinte inégalable…

Il y a tellement plus que cela. Laurent Gaudé évoque beaucoup avec peu de mots, et m’a touchée en plein cœur.

Oui, finalement, c’est un goût d’enfance que j’ai trouvé dans ce livre. Même si ma Provence est bien plus au nord, même si mon soleil était bien moins mauvais, même si le curé était beaucoup plus discret. Ce n’est que comme ça que je m’explique le bonheur que j’ai à me plonger dans l’atmosphère de Montepuccio et à parcourir le destin de ses enfants. Il y a une réminiscence de Pagnol, quelque part, sans doute. Et des passages qui m’ont fait pleurer.

Alors, à lire ? Oui, trois fois oui, évidemment !

« On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d’avidité goinfre. Comme si c’était la dernière fois qu’on mangeait. (…) Et tant pis si on s’en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération.

(…) On ne mangeait plus pour le ventre mais pour le palais. Mais malgré toute l’envie qu’on en avait, on ne parvint pas à venir à bout des calamars frits. Et cela plongea Raffaele dans un sentiment d’aise vertigineux. Il faut qu’il reste des mets en table, sinon, c’est que les invités n’ont pas eu assez. »

« Il fait trop beau. Depuis un mois, le soleil tape. Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. (…) Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C’est son parfum. (…) Nous sommes les mangeurs de soleil. Je savais que tu ne partirais pas. S’il avait plu ces derniers jours, peut-être, oui. Mais là, c’était impossible. »

« Mon frère, tu t’es marié aujourd’hui. Je te regarde, là, dans ton costume. Tu te penches sur le cou de ta femme pour lui murmurer quelque chose. Je te regarde lever ton verre à la santé des invités et je te trouve beau. Je voudrais demander à la vie de vous laisser tels que vous êtes, là, intacts, jeunes, pleins de désirs et de forces. Que vous traversiez les ans sans bouger. Que la vie n’ait pour vous aucune des grimaces qu’elle connaît. Je vous regarde aujourd’hui. Je vous contemple avec soif. Et lorsque les temps se feront durs, lorsque je pleurerai sur mon sort, lorsque j’insulterai la vie qui est une chienne, je me souviendrai de ces instants, de vos visages illuminés par la joie et je me dirai : N’insulte pas la vie, ne maudis pas le sort, souviens-toi d’Elia et de Maria qui furent heureux, un jour au moins, dans leur vie, et ce jour-là tu étais à leurs côtés. »

Et je garderai aussi cette phrase qui ouvre le roman, prise à Cesare Pavese :

« Le silence, c’est là notre force. Un de nos ancêtres a dû être bien seul (…) pour enseigner aux siens un silence si grand. »

[Nouvelle] Lettre aux vivants

Une petite précision avant toute chose : cette nouvelle a été écrite pour le concours Edilivre « 48h pour écrire ». Le thème a été donné un vendredi pour une limite de participation fixée au dimanche soir. Une écriture sans trop de préparation ni de recul donc.

Le thème : l’espoir. Il a été donné le 20 novembre, soit une semaine tout juste après les événements que l’on connaît. J’assume donc moyennement ce qui suit, mais au moins cela m’aura permis de le cracher.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été pleine d’espoir.

Petite fille, j’ai espéré le cadeau rêvé à Noël, j’ai espéré grandir et vivre un conte de fée. Adolescente, j’ai espéré qu’un certain garçon me remarque, et devenir une adulte indépendante et passionnée. Etudiante, j’ai espéré faire le tour du monde et participer à le rendre meilleur. J’ai rêvé de grandes choses et accompli mille petites qui ont fait de ma vie un tableau plutôt joyeux et harmonieux. Même les échecs, les espoirs déçus, ne m’ont pas découragée. Parce qu’en espérant j’étais plus vivante que jamais, poussée par une force invincible que seul procure le fait de croire fermement en ses rêves. Et puis, quand on y croit fort, on peut toucher son rêve du doigt, même le plus inaccessible. Espérer, c’est créer un peu.

J’avais espéré ce rendez-vous, tellement. Et, ce soir-là, la vie semblait me sourire. La douceur de l’air, mes 26 ans, son sourire ravageur, la musique… Que pouvais-je rêver de mieux ?

Le concert a commencé, il m’a faite danser, danser à en avoir le tournis. On a ri, il m’a embrassée, et c’était délicieux, bien plus que ce que j’avais espéré. Je me suis surprise à imaginer une vie avec lui, des enfants, une maison qui exhale des odeurs de cuisine le dimanche matin. Puis j’ai ri encore, et je me suis contentée de savourer ce moment, de danser, de rire et de l’embrasser. Un moment parfait.

Et puis…

Et puis, les coups de feu. J’ai espéré que ce soit un jeu, une blague, une mise en scène de mauvais goût. Mais les musiciens ont fui.

Et puis, le chaos. Les gens qui courent, les gens qui crient, les gens qui tombent, les gens qui saignent. J’ai espéré ouvrir les yeux et commencer ma journée avec juste un léger goût amer que laissent les cauchemars. Mais je n’arrivais pas à me réveiller.

Et puis, lui qui m’entraine vers l’étage, me pousse sous une rangée de fauteuils, avant de s’écrouler près de moi, inerte. J’ai espéré qu’il simule l’immobilité pour se protéger. Mais j’ai vu son regard se voiler.

Et puis, l’attente, dans la chaleur de son sang répandu sur le sol. J’ai espéré m’évanouir, et tant pis si je ne me réveillais jamais. Ne plus sentir, ne plus penser, ne plus rien voir, c’est tout ce que je voulais. Mais je ne parvenais pas à m’échapper.

Et puis, dans le silence revenu, ces bruits insupportables. La souffrance des autres. L’agonie. J’ai espéré ne plus les entendre, j’ai espéré les oublier. Mais je les entendais toujours, même les oreilles bouchées. Je les entendrai à jamais.

Et puis, des pas se sont rapprochés. J’ai espéré que ce soit des survivants, la police, n’importe qui sauf eux. Mais ils se sont mis à tirer.

J’ai espéré qu’ils passent sans me voir, qu’ils fassent demi-tour et me laissent là, suffoquée de peur mais vivante, ou à peu près. J’ai espéré comme jamais je n’avais espéré avant, furieusement. Mais ils m’ont vue. On m’a tirée par le pied et je me suis retrouvée par terre au milieu de l’allée, face à lui, son regard froid et son arme pointée sur moi. J’ai crié, vous savez. Crié comme jamais je n’avais crié auparavant. J’ai hurlé « pitié », j’ai imploré, j’ai supplié. Et j’ai désespérément espéré que ça marche.

Oui, j’ai toujours été pleine d’espoir. Et j’ai espéré jusqu’au bout.

Oh, n’allez surtout pas croire que j’ai cessé d’espérer, maintenant. Je continue malgré tout. Nous sommes là, ceux aux espoirs anéantis, réunis auprès de vous, et nous vous regardons allumer des bougies. Vous espérez qu’on les voie, et nous les voyons. Je peux même vous dire que ça nous aide drôlement à nous repérer dans l’espace et le temps, nous qui sommes encore sous le choc et incapables de rejoindre l’autre monde pour l’instant. La transition a été trop brutale, mais j’espère, la flamme et vos bougies et de vos prières aidant, parvenir à m’élever bientôt. En attendant, je console mes parents, penchée sur leur sommeil trop court dont j’écarte les plus mauvais rêves.

Oui, jusqu’au bout j’aurai espéré. Là où je suis désormais, j’ai appris que l’espoir est une force absolue. J’ai appris qu’il peut tout, que la loi d’attraction existe. On sait des choses comme ça, sans même poser les questions, privilège des âmes.

Aujourd’hui, j’espère que vous entretiendrez la flamme des petites bougies et celle de votre cœur, qu’il brillera fort pour faire reculer les ténèbres. J’espère que vous ne laisserez pas la peur l’emporter. Face à l’espoir, elle est peu de chose.

Quant à moi j’espère trouver la paix. Et, plus que tout, j’espère vous voir continuer d’espérer.

bougie

Perspectives et rituel de début d’année

Je vais commencer par vous souhaiter une belle et heureuse année, pleine de lumières et de joie. Un peu plus tranquille, mais pleine de jolies surprises. Une année ensoleillée.

Je ne vais pas dresser le bilan de 2015 comme je le fais chaque année, d’une part parce que je n’ai pratiquement pas écrit ici durant cette année, d’autre part parce que je préfère me contenter de la rétrospective faite sur mon autre blog, où je ne garde que le meilleur. Parce que 2015 a été encore empreint de lenteur, de lourdeur, et que la récolte dont je parlais fin 2014, et que j’attendais avec impatience, n’a pas été flagrante.

Qu’en sera-t-il en 2016 ? Une année 9, la fin d’un cycle… C’est l’année où l’on nettoie, où l’on laisse derrière soi ce dont on ne veut plus, où l’on se recentre et où l’on se dirige vers ce qu’on veut vraiment. Une année 9 n’est pas sans difficultés, sans heurts, sans pertes parfois. Ce peut être une année très dure. Ce peut être aussi une année limpide, si tant est que l’on accepte de lâcher ce qui doit l’être et d’aller vers ce qui nous correspond. En année 9, ça déménage, dans tous les sens du terme !

Je ne sais pas comment vous abordez cette année, personnellement j’ai un besoin d’être moi qui grandit depuis quelques mois et me pousse à plus d’indépendance. J’ai envie de faire des choses qui n’appartiennent qu’à moi, d’écrire, de me remettre à lire, d’être un peu seule. D’exister en tant que personne, d’aller vers mes envies futiles et vers mes rêves plus profonds. J’ai une furieuse envie que ça bouge. Quitter cette maison qui m’horripile et ne nous convient plus du tout, avoir un vrai statut dans l’activité de mon homme, réussir à me trouver du temps pour écrire vraiment, ne plus me sentir submergée tout le temps. Vaste programme !

Je ne commence pas l’année dans les meilleures dispositions. Je me sens mal, découragée, déprimée. Je n’ai pas envie. J’aimerais que tout soit différent, mais je sais qu’il faudra encore cette année pour mettre de nouvelles choses en place, et cela me fatigue d’avance. Le fait de n’avoir pas vu le soleil depuis plus de trois semaines n’aide en rien je crois. Pour autant, j’ai pas mal d’espoirs pour 2016. Je l’espère année d’ouvertures, d’opportunités, de nettoyage.

En parlant de nettoyage, je vais faire aujourd’hui un petit rituel de début d’année que j’aime bien, et que je n’ai pas fait depuis trop longtemps. Il s’agit d’allumer un petit feu en extérieur, et d’y brûler ce dont on ne veut plus, sous forme de petits papiers. On écrit dessus ce dont on veut se débarrasser, sous forme affirmative toujours. Par exemple, on n’écrit pas « je ne veux plus fumer », mais juste « fumer », puisque c’est de cela qu’on veut se débarrasser. C’est un exemple simple, mais tout peut être écrit : se sentir incapable, avoir peur de se lancer, dépendre du regard des autres… J’aime ces actes symboliques qui aident à encrer quelque chose dans notre inconscient.

2016, année de nettoyage ? J’aimerais tant épurer et esquisser les bases d’une année 2017 qui marquera le début d’un nouveau cycle plus serein. Ce sera mon objectif.

Et vous, comment abordez-vous cette nouvelle année ?